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Nadia était une fleur rayonnante, respectueuse et intelligente qui excellait à l’école. Elle grandissait bien plus vite que son âge et la nature lui dota de formes gracieuses et généreuses. Naïve comme toute fille de 11 ans, elle ne s’en souciait guère. Sa maman, avenante, lui avait mis en garde contre les avances des garçons de Bonabéri. Son cercle d’ami était donc réduit et elle n’avait pour amis que ses livres. Bien qu’elle en brulât d’envie, sa mère lui interdisait tout jeu avec les garçons du quartier. Son père les avait quittés pour épouser et vivre avec une autre femme mais continuait cependant à s’occuper partiellement d’eux. Sa maman, abattue, s’en consolait et misait tout sur elle pour la sortir, un jour, de leur longue et misérable vie.

Un weekend sur deux, sa mère l’envoyait rejoindre son père, qui avait de meilleures conditions de vie. Une nuit, alors qu’il pleuvait et qu’elle dormait, épuisée par une journée de jeu du « pousse-pion » ( marelle), elle ressentit une main lui caressé le dos. Paniquée, elle fut rassurée par la voix de son père qui lui dit être venu lui souhaiter une bonne nuit. Ses doigts poilus glissèrent du dos vers ses parties intimes. Etonnée puis anxieuse, elle voulut protester. Mais n’y parvint point : la bouche fermée, le regard vide, elle assista, impuissante aux assauts répétés de son père qui ne s’arrêta qu’une fois épuisé. Désillusionnée, déchirée, trahie et traumatisée, elle grava dans sa mémoire, cette nuit inoubliable où tout son univers avait basculé. Cette nuit, et toutes celles qui suivirent furent des moments de supplice où son corps frêle de fille était le terrain d’un jeu réservé aux adultes.

Un jeu auquel elle participait sans y avoir été invité. Une partie de plaisir dont elle n’était que la spectatrice. Subissant les caresses de cet homme qui lui avait tout pris. Elle n’était qu’un objet, une chose, un instrument de plaisir aux mains de son bourreau. Oui ! Elle le considérait désormais comme un bourreau, une brute et faisait beaucoup d’effort pour continuer à l’appeler « papa ». Pour elle, il n’était plus son père, mais son géniteur. Dans sa tête, son père était mort cette nuit du 07 Février 2014. Le lendemain, elle avait voulut le dénoncer. Elle voulait crier au monde l’acte abominable dont elle avait le sujet. Mais à chaque fois qu’elle essayait, elle n’y parvenait pas : bloquée ! Les paroles et le regard menaçant de son « père » lui revenait comme dans un flash. Elle revoyait comme dans un flash, les sentences qu’il avait prononcées :

« Ce qui s’est passé, doit rester entre nous. Ce sera notre secret : entre un père et sa fille. Tu es ma fille, en toi j’ai mis ma confiance, fais-moi également confiance car ce que fais, c’est pour ton bien ! Je dois te préparer à ta future vie de femme ! Une femme, c’est le ventre et le bas ventre. Ta maman le sait bien et je me devais également de te l’apprendre. Seulement, tu ne dois jamais le dire à personne, même à ta mère. Je sais que tu l’aimes beaucoup et si par malchance, si par malheur, tu en parlais à quiconque, saches que tu en assumeras les conséquences. J’arrêterai immédiatement de financer les études de Joel, Martine et Géraldine. Ta mère ne recevra plus d’allocation mensuelle, l’argent que je lui envoie pour payer le loyer, votre nutrition et son fonds de commerce sera suspendu. Et je vous enverrai vivre au village où tu sais, l’école est à 6 km et tu n’y trouveras plus tes amies que tu as ici ».

Ces paroles, il les lui répétait après chaque séance d’ « éducation sexuelle ». Nadia en tant qu’ainée ne pouvait se confier auprès de ses cadets, trop jeune pour comprendre quelque chose qu’elle-même avait du mal à comprendre, quelque chose qu’elle avait du mal à intégrer malgré toute l’intelligence dont elle était nantie. Elle avait des cousines et des tantes, mais ces dernières ne rendaient presque jamais visite à sa maman, parce que très pauvre et résidant dans un quartier populaire. Sa mère était la seule chez qui elle pouvait se confier.

Mais elle craignait sa réaction ! La comprendrait-on ? Ne dira-t-elle pas qu’elle en est responsable ? Et d’ailleurs, ne l’était-elle pas ? Avait-elle été sage ? Son silence ne sera-t-il pas pris pour de la complicité ? Sa mère l’en voudra surement d’être responsable de l’interruption budgétaire. Comment allaient-ils vivre ? Où allaient-ils loger ? Comment ses frères et sa petite sœur pourront-ils continuer leur étude ? Car au fond, c’était ça la principale raison de son silence : être responsable des malheurs de sa maman chérie et surtout de voir ses cadets interrompre leur parcours scolaire par sa faute. Autant de questions existentielles qui traversait déjà l’esprit de cette innocente fille, déchirée entre son bien-être et celui de sa famille.

Au départ, elle imaginait son « père » incapable de mettre en pratique ces menaces et manifesta des réticences les weekends pour ne plus aller chez lui, déclarant soudainement ne plus s’y sentir à l’aise. Une attitude que sa mère ne toléra point et lui administra une fessée mémorable, déclarant que Nadia ne compatissait point à sa situation de galère. Après deux weekends consécutifs d’absence, son père soupçonna quelque chose car ne voyant plus Nadia venir chez lui. Il interrompit donc, le paiement du loyer du domicile de Bernadette, la mère de Nadia, l’accusant d’empêcher ses enfants de lui rendre visite.

Elle lui expliqua que c’était Nadia qui s’y refusait et lui envoya Joel et Martine, agés respectivement de 6 ans et 8 ans. Nadia fut prise de panique, connaissant le vrai visage de « son père », elle craignait qu’il ne reproduise son acte sur Martine, et se décida donc, soudainement encore, à vouloir y aller. Elle savait pertinemment bien qu’elle se replongeait ainsi, involontairement, dans « son enfer » mais elle préférait son avenir sacrifié à celui de ses cadets envers qui elle ressentait un devoir de protection. Après tout, elle était leur grande sœur et elle savait que Martine, sa cadette aurait fait surement pareil pour elle. Martine encaissait des coups et prenait toujours la défense de leur benjamin Joel, lorsqu’il était impliqué dans une bagarre. Bernadette, surprise par ce revirement en fut ravie. Mettant ce changement comportemental de Nadia sur le compte des caprices d’enfance.

C’est ainsi que durant trois années, Nadia, silencieusement et consciencieusement se livrait deux weekends par mois aux griffes de son monstre de « père ». Cet fille au cœur adulte devint insensible et froide à l’égard de tout. Elle n’avait plus envie de jouer avec ses amies, même le pousse-pion, son jeu favori, ne lui disait plus rien. Elle n’avait plus envie de manger, plus d’appétit. Elle n’avait plus envie d’étudier, ses performances scolaires s’affaiblirent. Elle n’arrivait plus à sourire sinon à la vue de ses cadets.

Sa mère, vendeuse de fruits au marché Nkouloulou, était tellement prise et préoccupée par ses activités économiques qu’elle s’aperçut à peine de ces changements. Seule, Nadia gardait ce lourd secret enfoui au plus profond d’elle-même. Son cerveau, parvint même à banaliser l’acte et le rite incestueux devint vertueux. Son père se montra plus généreux à son égard, lui offrant périodiquement des cadeaux et de très jolies robettes lorsqu’elle rentrait retrouver sa mère. Bien qu’elle ne les mangeât point, elle le donnait à ses cadets et se réjouissait de voir la joie rayonner dans leur regard et se dessiner sur leurs lèvres.

La situation aurait surement perduré, si leur voisine, Ma’a Mado, qui connaissait Nadia depuis sa tendre enfance, interpella Bernadette, un matin alors qu’elle s’empressait pour aller acheter les fruits de la semaine :

  • Je dis hein ma co’o, comment va ta fille Nadia ?
  • Nadia, elle va bien oh Mado ! Ce sont tes enfants nor voisine, tu passes plus de temps qu’avec eux qu’avec moi, lui rétorqua Bernadette.
  • C’est justement parce qu’ils sont mes enfants que j’en demande après Nadia. N’as-tu rien constaté d’anormal en elle ces derniers temps ? Elle a quasiment arreté de jouer avec sa meilleure amie et ne sort plus s’amuser. Même son sourire est devenu rare. Elle s’énerve plus rapidement et parfois soudainement. Je l’ai entendu interdire à Nicole de l’appeler par son prénom « Nadia ». Elle dit préférer Stéphanie.
  • Ah Ma’a Mado, ce sont surement les caprices des enfants. Ils sont toujours imprévisible et parfois incompréhensibles. N’oublie pas qu’elle n’a que 13 ans malgré sa grande taille. Les adolescentes se laissent facilement influencés par les séries télévisées. Surement une de ses stars, s’appelle « Stephy ». N’oublie pas aussi que Stephanie est le joli prénom que je lui donné à sa naissance, Nadia étant celui de son père qui ne vit plus à la maison maintenant.
  • Ah ok Berna, je vois ! C’est surement l’adolescence comme tu dis ! Mais tu ne vois pas aussi qu’elle a pris un peu trop de poids ces derniers mois ? relança-t-elle.
  • [Rire] Wèèèh Ma’a Mado, c’est parce qu’elle mange bien nor ! Et tu ne vois pas comment je suis ! Elle tient son poids et ses formes de sa mère… Pardon ! Je dois filer vite au marché sinon je trouverais que les autres bayam-sellam auront déjà tout acheté les fruits frais…

Elle s’empressa de traverser la cour pour stopper un benskineur, quelques mètres plus loin. Direction : Marché Sandaga, le marché aux fruits de Douala.

Un mois plus tard, on découvrait que Nadia était enceinte ! Elle n’avait que 13 ans ! Vous vous doutez surement du responsable. Mais quelle fut la réaction de Bernadette ? Comment se sentit Nadia vis-à-vis d’elle-même et de ses cadets ? Quel sort sa famille réservera-t-elle à ce fœtus en devenir ? Autant de questions que nous vous révèlerons la suite dans le prochain billet. Une histoire vraie qui m’a ému et révolté. J’espère par le biais de l’écriture accroitre l’attention sur ce mal qui gangrène pas mal de familles au Cameroun avec pour grande perdante, ces filles-mères innocente et mais coupable aux yeux de la société.

 

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