Christian ELONGUE

Les prémices et les prémisses de la Gouvernance en Afrique !

La notion de « gouvernance » a été diffusée dans les années 90 par la Banque Mondiale pour accompagner les politiques de développement des pays émergents. Elle la perçoit comme l’ensemble des normes, traditions et institutions à travers lesquelles un pays exerce son autorité sur le bien commun, dans une optique de développement. Il s’agit en réalité d’un mode de pilotage ou de gestion fondé sur la coopération, la coordination politique et économique et sur une démarche collective. La concertation, le dialogue, les compromis et la recherche d’actions et de résultats font partie des quatre piliers de la gouvernance. Ce concept est aujourd’hui à la une de l’actualité économique, politique ou sociale et se voit de plus en plus convoqué dans de nombreux débats en rapport avec la démocratie et le développement. S’il est admis que la gouvernance est nécessaire pour un climat de paix et de développement, nous ne devrions pas perdre de vue, compte tenu de sa difficile intégration en Afrique, qu’elle est d’origine nord-américaine et partant importée pour la consommation en Afrique et dans le reste du monde. Dès lors, quel regard les pays du Sud, notamment africains portent-ils sur ce concept ? Quels sont les prémices et indices de la gouvernance en Afrique ? Quelle trajectoire, cette idéologie va-t-elle emprunter, dans le boulevard politique du continent Africain ? Le problème qui se pose alors est celui de l’adoption ou mieux de l’adaptation de ce nouveau système au paradigme africain. Dans la suite de notre analyse, il sera question de démontrer comment ce concept exotique a pu s’adapter en fonction des réalités et des besoins des sociétés africaines. Autrement dit, nous ferons un bref rappel des circonstances dans lesquelles ce concept avait été introduit en Afrique. Ensuite, nous nous attèlerons à déceler et ressortir les premières manifestations ou l’impact de ce modèle de gestion tant à l’échelle politique qu’économique.

A- LES PRELUDES DE LA GOUVERNANCE EN AFRIQUE

Les divisions basées sur la Guerre froide, les pesanteurs ethniques   pour   bâtir   les   Etats-Nations,   la   militarisation   des systèmes politiques et le monopartisme sont quelques problèmes que rencontre l’Afrique la première décennie après les indépendances. Durant la deuxième décennie, elle a quelque peu pesé sur l’agenda du système mondial et a connu une amorce de « développement » mais la désillusion suivi d’un désenchantement s’installeront assez vite avec la crise des années 1980 et la cure des Politiques d’Ajustements Structurels dont les conséquences sur le plan social se poursuivent encore aujourd’hui. Il s’agira donc dans cette section de montrer le rôle des Institutions financières Internationales et du discours de La Baule dans la naissance du concept de Gouvernance en Afrique.

  1. Les conditionnalités déguisées des institutions financières internationales.

La fin de la colonisation et l’arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants présageait la fin de l’exploitation des richesses des jeunes nations africaines. Mais, la réalité fut toute autre puisque ces derniers pérenniseront l’entreprise coloniale d’asservissement en sollicitant des prêts au sein des Institutions Financières Internationales soi-disant afin d’initier des projets de développement et pour, disaient-ils, sortir leur pays de la pauvreté pour tendre vers une émergence. Ces institutions financières, conscientes du risque et sachant que ces dirigeants pour la plupart, détournait ces aides et ces prêts dans leur compte bancaire pour leur enrichissement personnel comme le démontre d’ailleurs Jean François Bayard dans son ouvrage L’Etat en Afrique : la politique du ventre[1]. Cette « ventrocratie » ou manière d’exercer l’autorité avec un souci exclusif de la satisfaction matérielle d’une minorité va provoquer l’endettement massif de ces Etats nouvellement indépendants. Et la scène économique étant le théâtre de luttes prédatrices, ces dettes étrangleront et fragiliseront ces Etats et les exposeront aux griffes des Institutions financières qui viendront au chevet d’une Afrique malade non pas pour la soigner ou compatir (étant en partie responsable) mais pour leur présenter un catalogue de recommandations afin de sortir leur pays de la crise.

Dans ce contexte,   la   gouvernance   doit  être   entendue   comme   un   catalogue   de prescriptions faites par qui l’on connait à certains Etats, plutôt pour les mettre en condition de rembourser les dettes, d’ouvrir les marchés des matières premières aux multinationales, etc. intérêts des prescripteurs que pour ceux des populations africaines. Les pays soumis à cette cure le sont aussi pour avoir en place des dirigeants qui se soumettent à cette cure, et non pas qui se mettent au service de leurs populations. L’exigence du remboursement de la dette justifie la conversion des nouveaux dirigeants aux règles de la bonne gouvernance édictées par les bailleurs de fonds internationaux et les institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et FMI) qui, jusqu’à nos jours, continuent de piller et de martyriser énergiquement l’économie africaine. C’est donc dans un climat de coercition que les Etats africains seront sommés de réaliser, simultanément, trois tâches prométhéennes : se démocratiser, libéraliser leurs économies et assurer la stabilité politique

Ainsi puisque la gouvernance passe par le développement d’un Etat de droit, par la « sécurité juridique » à travers la modernisation du droit, par l’accès à la justice, par l’existence de recours effectifs et d’autorités administratives indépendantes de régulation, etc., il sera donc indispensable de réaliser la première tâche prométhéenne à savoir démocratiser les trop nombreux régimes où les pouvoirs sont confondus, parfois confisqués par un groupe militaire ou une clique autoproclamée. C’est dans cette perspective que s’inscrira le sommet franco-africain de La Beaule, au lendemain de la fin « officielle » de la Guerre Froide.

  1. De la chute du mur de Berlin au Discours de la Baule.

La guerre froide est incontestablement la cause lointaine mais fondamentale du déferlement du système démocratique sur le continent noir. La destruction du mur de Berlin le 9 novembre 1989 marque la fin de cette guerre initiée depuis 1947 entre les Etats Unis et l’URSS et annonce un tournant décisif dans l’histoire du monde. Elle a été le signe prémonitoire de la dislocation du bloc communiste et du déferlement de la démocratisation dans le monde et surtout en Afrique. En effet, depuis leur accession à l’indépendance, jusqu’à la chute du mur de Berlin, les États africains, n’ont connu que des systèmes dictatoriaux, totalitaires et tyranniques. Le contexte mondial marqué par la guerre froide le justifiait. Mais dès la fin de cette guerre dont la destruction du mur de Berlin en était le signe avant-coureur, le vent de l’Est initié par Gorbatchev, va souffler sur le continent africain et ravagera certains régimes dictatoriaux pour laisser la place à la démocratie considérée comme un des prémices de la gouvernance.

Ce bouleversement dans l’establishment politique des États africains était d’autant plus obligatoire que le discours de la Baule de François Mitterrand l’exigeait. En effet dans son allocution, M. Mitterrand parle de la nécessité de la démocratie pour le développement des pays africains et exhorte ses chefs d’États à se mettre sur le chemin de ce système de gouvernance qui s’impose désormais à tous :

« Il nous faut parler de démocratie. C’est un principe universel qui vient d’apparaître aux peuples de l’Europe centrale comme une évidence absolue au point qu’en l’espace de quelques semaines, les régimes, considérés comme les plus forts, ont été bouleversés. […] Il faut bien se dire que ce souffle fera le tour de la planète », affirme-t-il.

Par ce discours, François Mitterrand fait prendre un tournant à la politique africaine de la France, caractérisée, depuis le général de Gaulle, selon Stéphane Bolle   par un soutien à un « développement sans conditionnalités démocratiques » garantissant sa présence politique, militaire et économique dans ses anciennes colonies. Le Président français a souscrit au principe de la conditionnalité démocratique qui venait de faire son entrée dans la doxa internationale et, pour la première fois, clairement lié pour l’avenir le montant de l’aide au progrès de la démocratisation. Et comme le résumera son ministre des Relations Extérieures Roland Dumas:

« Le vent de liberté qui a soufflé à l’Est devra inévitablement souffler un jour en direction du Sud (…) Il n’y a pas de développement sans démocratie et il n’y a pas de démocratie sans développement ».

Ce discours est donc à coup sûr un appel à tous les chefs d’États africains encore austère aux réformes démocratiques à changer d’avis et de politique. Une manière pour l’occident de les convaincre que le monde avait changé et que seuls les régimes qui se démocratiseront auront le soutien des puissances occidentales. Le principe d’une aide publique française est reliée à l’abandon du parti unique et à l’organisation des élections. C’est ainsi que les constitutions ont été révisées, les conférences nationales organisées et la transition démocratique mise en marche dans la grande majorité des États africains. Ainsi, l’appropriation (même formelle) de la norme démocratique et des préceptes de la gouvernance, , les pays africains se sont dotés d’un « certificat de respectabilité internationale »[4] qui valorise leur position à l’égard des bailleurs de fonds – pas toujours très regardants sur la qualité de la démocratie qui leur est « vendue » – et facilite leur accès à leur aide.

La conférence de la Baule se présente ainsi comme le piédestal de la Gouvernance dans le contexte africain, dans la mesure où ses clauses exigeaient entre autres la démocratisation des espaces politiques africains. Par ailleurs, la chute des régimes totalitaires s’en suivait donc avec pour corolaire directe l’intégration de la société civile, donc du bas peuple dans la gestion des deniers publics. Ceci se note à travers la privatisation, résultat de la libéralisation des droits civiques, de propriété et d’investissement pour le cadre économique. Dans le versant sociopolitique, on peut noter la promotion des libertés individuelles, d’expression, d’association ainsi que la mise en application de la charte des Droits de l’Homme sont les facteurs clés ayant favorisé l’implantation des régimes démocratiques en Afrique et par conséquent ont facilité l’adoption du système dit de Gouvernance considérée, à juste titre il faut le reconnaître, comme la forme de gouvernement la moins mauvaise.

B. LES PREMIERES MANIFESTATIONS DE LA GOUVERNANCE EN AFRIQUE

Le concept de gouvernance, tel qu’il est conçu dans les pays du nord, visait à relever deux défis majeurs: au plan politique, légitimer la démocratie pluraliste majoritaire et au plan administratif et économique, promouvoir une nouvelle culture de la gestion des affaires publiques dominée par des valeurs et des principes, telles que la transparence, l’éthique, la déontologie, la responsabilité ou l’obligation de rendre compte.

  1. L’avènement de la démocratie.

Comme nous l’avons démontré plus haut, la question de la gouvernance embrasse celle plus large de la démocratisation de l’Afrique, une condition pour impliquer la société civile dans la gouvernance et la transformation sociale. Quelles en sont donc les premiers indices en Afrique ?

Les premiers signes avant-coureurs de la gouvernance au lendemain du discours de la Baule seront la mise sur pied des conférences nationales souveraines, l’organisation des élections avec l’instauration du suffrage universel et l’avènement du multipartisme. Pour ce qui est des conférences nationales souveraines, il s’agissait des débats de société devant poser les bases de la transition démocratique. Ainsi, de l’avis de Fabien Eboussi Boulaga, « l’exigence de la percée que représente la conférence nationale est double : elle déconstruit et reconstruit tout à la fois[5]. » Elle déconstruit l’ordre despotique qui existait et reconstruit un nouvel ordre qui se veut démocratique. Mais les conférences nationales n’auront pas lieu dans tous les pays. En effet, « pour s’adapter au nouvel environnement politique international et créer un espace politique national désormais ouvert à tous, les Africains du Centre ont emprunté trois itinéraires différents. » On aura la lutte armée (Rwanda, Tchad), le passage au multipartisme de fait par l’application de la Constitution ou d’une loi spécifique (Cameroun, Burundi), l’organisation de référendums (Guinée Equatoriale, Ghana, Madagascar, Mauritanie).

Aussi comme l’a ordonné leur « maitre » Mitterrand, les dirigeants africains en élèves disciplinés déclarent accepter la démocratie pluraliste majoritaire et promulguent des codes électoraux instituant le suffrage universel. Les élections sont effectivement organisées sur ces bases, mais ensuite, pour toutes sortes de raisons, la classe politique décide de partager le pouvoir, en faisant entrer l’opposition dans le Gouvernement. Plusieurs concepts ont d’ailleurs été utilisés pour désigner cette forme de gestion politique : « Gouvernement d’union nationale[6] » ; « Gouvernement de majorité présidentielle élargie[7] » ; « Gouvernement de gestion concertée » ; « Gouvernement de majorités concurrentes », etc. Samir Amin, Directeur du Forum du Tiers Monde, lors d’un séminaire sur « Les conceptions actuelles de la Gouvernance du développement en Afrique » organisé par l’Institut Africain pour la Gouvernance (IAG), a estimé que la démocratie, lorsqu’elle est imposée, peut devenir un handicap au progrès social. C’est le cas de l’Afrique actuellement où la démocratie est plutôt un rituel qui contribue à autre chose qu’au développement, notamment à la prise en mains des commandes pour l’enrichissement personnel des dirigeants. Il est donc urgent de concevoir une culture, une idéologie de développement de la société qui associe la démocratisation. Et de mettre fin à cette forme de démocratie qui, contrairement aux discours, conduit plutôt à la dégradation des conditions de vie.

  1. La libéralisation financière.

A partir des années 1980, la libéralisation financière a été intégrée à la panoplie des recommandations des organisations internationales. La Banque mondiale (BM) met en place les plans d’ajustement structurels (PAS) et préconise de diminuer le rôle et la place de l’Etat dans les processus de modernisation et de développement[8]. En effet, on se rend compte qu’on avait sous-estimé l’ampleur de la crise et du choc pétrolier et, qu’au lieu de renforcer le rôle dirigiste de l’Etat en matière économique, il fallait au contraire inverser complètement la perspective et s’orienter vers la libéralisation de l’économie, la privatisations des entreprises publiques, la fin de l’Etat interventionniste, la déréglementation, etc., le tout véhiculé par le nouveau concept stratégique désormais célèbre : « moins d’Etat, mieux d’Etat ». En effet, parler de gouvernance plutôt que de gouvernement, c’est aussi une manière de soutenir une idéologie du « moins d’Etat », dont les missions doivent être recentrées et le profil redéfini. Pour que s’exerce une « bonne gouvernance », l’état doit dans cette optique, s’en tenir à des tâches de coordination, d’orientation, d’intégration et de règlement minimal. Selon cette vision qui valorise le marché et dévalorise l’Etat, celui-ci doit être ramassé, facilitateur et normalisateur, tandis que le marché est déréglementé et inséré dans la mondialisation.

Les institutions multilatérales, Banque mondiale et Fonds monétaire international (FMI), considéraient que la « bonne gouvernance » était celle qui parvenait à faire passer les réformes économiques libérales, dérivées du consensus de Washington, dans des conditions de stabilité politique.   Les gouvernements étaient récompensés selon leur habilité politique et selon l’autorité exercée pour maintenir la continuité des réformes, sans reculer ou céder devant des considérations telles que le coût social, la contestation sociale ou l’opposition politique. Yassine Fall, économiste supérieur à l’UNIFEM[9], a critiqué le rôle de ces institutions multilatérales dans la conception des politiques économiques africaines en dehors de l’Afrique. Les programmes d’ajustement structurel (PAS) ont été imposés aux Etats africains pour les affaiblir. Les institutions de Bretton Woods ont assujetti les différents pays pour les contraindre aux remboursements de la dette. Les conditions pour bénéficier des prêts tracent bien le schéma de la soumission des économies africaines à l’économie néolibérale : réduction des dépenses publiques, y compris dans le domaine de la santé, de l’éducation ; libéralisation des marchés des biens et des services ; etc.   Les initiatives qui ont suivi   avaient le même objectif, qu’il s’agisse de l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés)   lancée en 1996, et même des Stratégies de Réduction de la Pauvreté   (DSRP). Plusieurs autres organismes ont été utilisés pour les mêmes objectifs : le GATT[10] qui devait réduire les barrières commerciales, mais aussi les accords commerciaux inégaux[11] entre l’Union Européenne et les pays africains, notamment à travers les Accords de Cotonou qui succèdent aux conventions de Yaoundé et de Lomé. La conséquence de toutes ces thérapies a été le renforcement du pouvoir des institutions des Bretton Woods, le renforcement des inégalités de classe et de genre, la montée du secteur informel, etc. Ni les Programmes d’Ajustement des Secteurs Sociaux (PASS), ni les microcrédits distribués actuellement ne peuvent les sortir de la pauvreté. On leur demande de faire plus pour l’extérieur au détriment de leurs intérêts.

CONCLUSION

Dans le discours, le concept de gouvernance a exercé et exerce toujours en Afrique un certain attrait : d’abord, comme tout concept nouveau, il bénéficiait dès le départ d’une légitime curiosité intellectuelle, ainsi que l’intérêt pour la recherche de nouveaux fondements des politiques publiques ; ensuite, en raison de son origine nord-américaine, et du fait qu’il était véhiculé par les puissantes institutions de Bretton Woods, on pouvait espérer qu’il portait en lui-même les potentialités de l’efficacité qui caractérise les administrations de ces pays, et dont l’Afrique pouvait bénéficier. La tentation était alors forte de renoncer à faire mieux en améliorant l’existant, et d’oser faire autrement, pour expérimenter une technique nouvelle de la gestion des affaires publiques. Dans la pratique cependant, la mise en œuvre de la gouvernance en Afrique n’a pas donné les résultats escomptés, parce qu’elle n’est pas adaptée au cadre opérationnel dans lequel on tente de la déployer. Elle demeure un grand défi pour l’Afrique, si l’on pense aux coups d’Etat, aux contestations et violences qui résultent de l’organisation des élections dans le continent, et comme l’attestent les résultats des rapports sur la gouvernance en Afrique. Le processus de gouvernance doit être adapté à la société, tout comme le développement doit prendre en compte les besoins de la société. Dès lors il est donc nécessaire d’effectuer une refondation du concept de gouvernance en réexaminant ses principes et ses postulats de base, en l’enrichissant de certaines valeurs largement répandues au Sud, tels que le consensus, la solidarité et le partage, de manière à en faire un mode de gestion des affaires publiques réellement adapté aux pays en développement, notamment africains. C’est dans ce cadre que des recherches sont en cours pour élaborer un modèle culturaliste africain de gouvernance, dont le processus consensuel serait la pierre angulaire. Tout en encourageant de telles initiatives, on peut, sans attendre l’émergence d’un tel modèle, épuiser le champ du possible en tirant le meilleur parti de cet outil pour améliorer la pratique actuelle de la gouvernance.


Que doit faire l’Afrique pour se lever des strapontins du bateau de la mondialisation?

 Le troisième millénaire s’affiche sous le signe de mutations profondes et accélérées qui ébranlent toutes les fondations de l’existence humaine. Elles entraînent dans le même tourbillon la planète tout entière et jettent les bases d’une nouvelle configuration mondiale dont les contours ne nous apparaissent pour le moment que de manière très floue, dans un enchevêtrement de traits, de phénomènes et de tendances devenues d’une complexité particulièrement déconcertante. Comprise à la lumière de ces tendances et de ces phénomènes, la mondialisation apparaît ainsi sur un double prisme : d’une part, elle est fascinante vue qu’elle représente un nouvel horizon d’opportunités en ce XXIème siècle mais, d’autre part elle est menaçante pour l’ordre économique, sociopolitique et culturel de chaque nation. Toutefois, au-delà de la peur et des fantasmes, la mondialisation est avant tout caractérisée comme un phénomène économique ancien et continu du développement du capitalisme libéral. Elle n’ est donc pas un état mais un processus, un engrenage qui entraîne toute les sphères de la vie des individus et des sociétés à savoir le savoir, la culture, l’économie, les relations entre les peuples et entre les Etats à l’échelle mondiale. Aujourd’hui elle est le syndrome d’un choc ou crise des civilisations comme le prédisait Samuel Huntington et elle impose donc à tous les peuples, chacun en fonction de ses paramètres culturels spécifiques et de son degré d’implication dans le mouvement actuel du monde, des défis historiques cruciaux qui engagent leur avenir. Tel est donc le cas pour l’Afrique aujourd’hui impliquée voire imbriquée plus que jamais dans cet engrenage. Face à cette machine infernale, elle se doit de relever un certain nombre de challenges afin de ne pas être écrasée et broyée. Le but de notre réflexion c’est de mener une analyse sur les défis décisifs de l’Afrique à l’ère de la mondialisation galopante.

1- Le défi politique : Du gouvernement à une « gouvernance internationale »

 Avec la mondialisation, on assiste à une transformation du rôle des Etats africains et des modes de régulations qui s’y attachaient. La gouvernance renvoie à la mise en place de nouveaux modes de pilotage ou de régulation plus souples et éthiques, fondés sur un partenariat ouvert et éclairé entre différents acteurs et parties prenantes, tant aux échelles locales que globales et Nord-Sud. Elle est plus que jamais d’actualité dans une Afrique qui se singularise par son instabilité politique avec des coups d’Etats et révolutions qui peuvent survenir à n’importe quel moment. En effet, au-delà de la question de démocratie qui se pose aujourd’hui comme une exigence universelle s’imposant en tant que telle à tous les peuples,, il s’agit de repenser la politique dans la perspective de la définition et de la mise en oeuvre d’une pratique politique qui soit non seulement acceptable moralement mais aussi rigoureusement centrée sur le citoyen restauré dans son statut de « sujet » authentique de la politique. Tel est d’ailleurs le souci de Mathurin Houngnikpo dans L’Illusion Démocratique en Afrique où il montre que c’est le continent qui a connu le plus grand nombre de conflits (inter et intra-étatiques) depuis la fin de la Guerre Froide. Elle est en ce sens une zone d’instabilité majeure puisque 20 % de la population africaine reste à la merci des conflits armés et les régimes autoritaires demeurent plus nombreux que les démocraties. Cette situation freine les possibilités d’investissements étrangers en dehors de l’exploitation des matières premières. L’idée d’une gouvernance internationale, proposée par Charles-Robert est plus que jamais d’actualité. En effet, la gouvernance internationale ou mondiale se distingue nettement de l’idée classique du gouvernement car elle dénonce le modèle étatique, qui confie aux seules autorités politiques la responsabilité de la gestion des affaires publiques. S’inscrivant dans l’esprit du néo-libéralisme économique, elle prône un dessaisissement par les États de leurs attributions en matière notamment sociale et de droits de l’homme, et un accroissement des pouvoirs des firmes transnationales.

  1. Le défi économique : surmonter les divisions et progresser vers une intégration régionale en Afrique

 Dans le cadre des principes d’organisation et de fonctionnement du système capitaliste qui impose ses règles à la mondialisation néolibérale en cours et qui, comme on le sait, est plus soucieux de profit maximal que de promotion des hommes, c’est le défi de la définition et de la mise en oeuvre d’un système d’exploitation des ressources naturelles et de production sociale des richesses qui soit capable d’impulser une croissance conséquente, soutenue et durable délibérément inscrite dans la perspective de la satisfaction des besoins matériels, sociaux et culturels de plus en plus exigeants des populations, ce qui semble devoir impliquer une « refondation » de l’économie. Afin d’exercer un contre-pouvoir à l’oppression capitaliste, les Etats africains devraient développer ce que l’épistémologue Jacques CHATUE appelle le « pouvoir de réticularité » qui est la capacité de pouvoir penser et d’agir en réseau, de coaliser leurs efforts pour se mettre ensemble stratégiquement car nous n’avancerons jamais en rang dispersé. D’où la nécessité de relever le défi d’une intégration régionale en Afrique.

 Alors, l’intégration régionale constitue aujourd’hui une préoccupation majeure pour les pays africains afin de faire face à leur marginalisation croissante dans le contexte actuel de la mondialisation. Devant ce fait, l’Afrique doit s’organiser économiquement, l’ère du « chacun pour soi » étant révolu, surtout quand on ne pèse pas lourd et qu’on sait que la politique du dominateur c’est de diviser pour mieux régner. Quelques phénomènes de régionalisation [2]existent déjà, mais ils paraissent bien timides. En effet, malgré les avancées remarquées en Afrique de l’Ouest de réels obstacles demeurent. Il s’agit notamment de l’échec du gouvernement, du chevauchement des institutions, des économies peu diversifiées, du déficit d’infrastructures et de la fragilité des États-nations, incapables de répondre aux besoins des populations. L’alternative à cette faiblesse ne peut donc venir que du resserrement des liens entre les États pour mieux faire face aux méfaits de la balkanisation, aux déchirements historiques et culturels dus à la partition coloniale. Cette coopération économique permettra d’obtenir une sécurité alimentaire en Afrique et résoudra aussi en parti le problème de sous-emploi de la jeunesse.

  1. Le défi culturel : de l’autarcie à une Poétique de la Relation

 Il s’agit, face à la tendance actuelle à l’uniformisation culturelle sur la base des valeurs occidentales, parfois indûment estampillées du sceau de l’universalité, de savoir s’il est encore possible pour l’Afrique, et si oui dans quelle mesure, de sauvegarder et de promouvoir ses propres valeurs de civilisation. Ce défi demande aux Africains de ne plus vivre en autarcie en se repliant sur le passé et les traditions mais de s’ouvrir attentivement au monde afin que l’on parvienne non pas à une mondialisation de la culture mais à la culture de la mondialisation. A cet effet, le poète Senghor dans son essai Ce que je crois : Négritude, francité, et civilisation de l’universel, prône l’éthique de l’échange culturel, il nous recommande de pouvoir «assimiler sans être assimilé », de faire des échanges mutuellement enrichissants fondés sur l’acceptation mutuelle et le respect réciproque.

  1. Le Défi de l’excellence scientifique

 A partir de maintenant où nous retrouvons notre historicité, nous mesurons l’enjeu d’une relecture des savoirs d’hier qui se sont constitués sur l’Afrique dans une logique de sujétion et d’aliénation des indigènes. Nous devons donc nous rendre compte de la non-pertinence de ces savoirs et faire preuve d’autonomie et de créativité afin d’en finir avec « la déraison des mimétismes nauséabonds [3] » dont parlait le philosophe et sociologue Jean Marc ELA. Selon lui, il n’y a pas de violence plus meurtrière dans une société que celle qui vise à briser le dynamisme de l’esprit (ibid, p. 37). Ainsi, au-delà des débats d’école sur l’autochtonie, il semble important de repenser la complexité africaine et notre rapport au Savoir en rupture avec les schémas qui ont tendances à enfermer les indigènes dans leurs ghettos ethniques. Un Africain qui parle de l’Afrique comme homme de science ne parle pas seulement pour les Africains car les savoirs d’Afrique sont des savoirs pour le Monde. Jacques Gaillard et Roland Waast nous révèle que : La science africaine subsaharienne d’un peu moins de 0,5% en 1985, ne représentait plus que 0,3 % de la production mondiale au milieu des années 1990. Cette stagnation voire régression de la production scientifique africaine se justifie par le fait que le personnel universitaire, pour la plupart, s’est momifié afin de ne pas porter ombrages aux politiciens. Ils s’ankylosent dans des structures bureaucratiques qui s’avèrent incapables de susciter une pensée neuve et créatrice. Cela est très dangereux pour l’émergence et le développement du continent et partant du Cameroun car « aucun Etat ne peut se passer aujourd’hui de se dispenser ni de l’avis, ni du concours, ni des contributions des scientifiques [4] », soulignait le professeur titulaire, spécialiste de politique scientifique Jean-Jacques Salomon dans son ouvrage Les scientifiques. Entre savoir et pouvoir (2007).

L’atteinte de l’excellence scientifique passe d’abord par l’appropriation des avancées les plus récentes de la technoscience [5] et de la technologie considérées comme les « nouveaux pouvoirs » dont la maîtrise sera de plus en plus décisive dans la détermination de la position tant des individus dans la société que celle des peuples et des Etats à l’échelle mondiale. C’est ensuite celui de notre aptitude à tirer le meilleur parti possible, après inventaire critique, des connaissances, des techniques et des technologies endogènes par lesquelles, avant l’universalisation de la modernité occidentale, les autres peuples avaient réussi à assurer leur propre survie en se faisant à leur manière « maîtres et possesseurs [6] » de la nature. Bref, il s’agit pour l’Afrique de faire reculer l’inculture scientifique qui, à l’ère de l’économie du savoir, est une nouvelle forme d’analphabétisme.

    5. Le Défi Philosophique

Ce défi [7], développé par le philosophe sénégalais Sémou Pathé Gueye, est bidimensionnel. Il se présente d’abord comme celui de l’intelligibilité, en mettant en question, notre capacité de créer les nouveaux outils intellectuels dont nous avons urgemment besoin pour pouvoir penser le monde dans sa complexité et dans l’accélération de son « temps ». Mais c’est aussi un défi du sens dans la mesure où il s’agit de savoir s’il nous est encore possible d’assigner à notre existence et à nos actions une signification et une finalité qui pourraient constituer pour nous de nouvelles raisons de vivre, de croire et d’espérer, et qui auraient par conséquent à nos yeux une valeur et une légitimité suffisantes pour mériter que nous puissions, le cas échéant, mourir pour elles.

  1. De la nécessité d’un « réarmement éthique » [8]

 Avec la mondialisation ambiante, caractérisée par une croissance de la faillite morale et une déliquescence des moeurs, l’éthique, comme le recommandait le philosophe Spinoza se doit de libérer l’homme de sa servitude à l’égard des sentiments et lui apprendre à vivre sous la conduite de la raison [9]. Or la société africaine est sous la prise voire l’emprise d’un « vide éthique » ou nihilisme terrifiant avec le népotisme, la fraude, la contrefaçon et la corruption des élites qui auront pour corollaire la fuite illicite des capitaux. Selon les estimations, plus de 800 milliards de dollars ont été transférés illégalement depuis 40 ans d’Afrique vers le monde développé : cette manne financière détournée au profit d’une poignée de « kleptocrates » aurait pu financer des programmes de développement ambitieux ou servir par exemple à la construction d’infrastructures (éducation, santé, énergie…) dont le manque structurel gangrène le continent. Ces actifs détenus à l’étranger sont privés et cachés : ils devraient normalement servir au remboursement de la dette publique du continent, situation que dénoncent les économistes Léonce Ndikumana et James K. Boyce dans leur récent ouvrage La dette odieuse de l’Afrique. Selon eux, pour chaque dollar prêté à l´Afrique, environ 60 % en ressortent sous forme de fuite de capitaux. C’est pourquoi avec cette atmosphère délétère de relativisme moral voire de nihilisme éthique dans laquelle nous baignons aujourd’hui, nous sommes appelés à être capables de placer notre existence et notre conduite de tous les jours sous l’autorité de valeurs aptes à préserver et à promouvoir en nous ce qui fonde notre dignité humaine et à installer durablement dans la paix et l’harmonie, nos sociétés profondément déstabilisées aujourd’hui par la logique prévalante du « chacun pour soi ».

CONCLUSION

 Pour passer du rôle de spectatrice à celui d’actrice au théâtre de la mondialisation, l’Afrique doit adopter une approche complémentaire de son développement. Elle doit ainsi affronter les défis liés à la mondialisation de manière correcte et au rythme qui convient, tout en restant sensible aux problèmes de développement qui lui sont particuliers. La problématique de notre réflexion était de montrer comment y parvenir compte tenu des tensions entre les systèmes économiques actuels et parvenu au terme de notre analyse, nous constatons que les challenges que l’Afrique se doit de relever restent nombreux. Entre autres nous avons évoqué la nécessité de passer le stade des gouvernements, autoritaire et monarchique, pour intégrer la « gouvernance internationale » ; de passer d’un nihilisme éthique à un civisme éthique ; de passer de la fermeture ou du repli identitaire et culturel à une ouverture au monde, à une poétique du Divers et de progresser dans la voie de l’intégration régionale qui exige de la part des pays un engagement fort à fournir des efforts résolus pour rationaliser les arrangements existants.. Aussi, à l’heure de l’économie du savoir, l’Afrique ne devrait plus être marginalisée dans le processus de production des connaissances d’où la nécessité pour la recherche africaine de faire face au défi de l’excellence scientifique. Enfin, nous avons aussi relevé qu’il était nécessaire pour y parvenir de mettre sur pied des politiques qui promeuvent le développement éthico-philosophique, socioéconomique et idéologico-culturel et aussi d’user l’intégration régionale comme tremplin pour s’intégrer de manière fructueuse dans le bateau de la mondialisation.

Par NGNAOUSSI ELONGUE Cédric Christian

L’article en version originale est disponible sur la Revue des Mondes Francophones à l’adresse: https://mondesfrancophones.com/espaces/afriques/que-doit-faire-lafrique-pour-se-lever-des-strapontins-du-bateau-de-la-mondialisation/


POURQUOI LES AFRICAINS REFUSENT-ILS LE « DÉVELOPPEMENT » ?

L’Afrique est parvenue à prendre ses discours pusillanimes pour de véritables efforts de développement, à considérer la dureté de ses propos contre l’Occident pour de « vraies bombes meurtrières » et l’humanitarisme occidental pour un dû historique. La fiction et la réalité se sont si étroitement imbriquées que pour voir une amorce de développement, il faudrait d’abord dénouer l’écheveau de mensonges, de vérités approximatives dans lequel les mentalités se sont empêtrées à force d’évitement.

 La polémique interrogation : « Et si l’Afrique refusait le développement ? » de l’essayiste Axelle Kabou, lancée voici déjà un quart de siècle continue à susciter de nombreuses réflexions au sein des milieux intellectuels africains d’autant plus avec le climat de crise et d’insécurité qui règne partout en Afrique. De nombreux « intellectuels » se sont longtemps acharnés à décrire par le menu la logique occidentale de domination qu’à mettre la logique africaine de sujétion, qui légitime la première. Or peut-on vraiment parler de sous-développement sans le mettre en rapport avec les mentalités et les cultures africaines ?

Du refus de développement.

 « L’obstacle majeur au développement en Afrique, quel que soit le domaine considéré, est d’abord de nature psychologique. »

Le sous-développement africain commence par le sous-développement de la perception de soi et du monde extérieur, par l’immobilisme des mentalités et se perpétue par le retour des Africains lettrés aux valeurs du terroir, sans condition. Il serait alors naïf de croire que le « sous-développement » de l’Afrique soit dû à un quelconque manque de capitaux. La compréhension de la stagnation des africains doit d’abord s’opérer au niveau micro-économique le plus élémentaire, dans la tête des africains, c’est-à-dire la mentalité, qui jusqu’à présent demeure taboue et sacralisée.

Ce refus de développement commence par un refus de responsabilisation et de conscientisation au lendemain de la traite négrière et la colonisation. Ledit refus se manifeste par la propagation du mythe de l’égarement historique, scientifique et technologique du Noir qui trouve toujours de quoi justifier son droit à l’inertie ou à la différence. Les africains se plaisent à se décrire comme étant des victimes de l’Histoire face à un « coupable occidental » qui devrait par conséquent les indemnisés pour les « dommages » qu’il aurait causé. Kadhafi a ainsi réussi à imposer pour la Lybie des frais de « réparation » à l’Italie, clamant qu’il s’agissait d’une « question d’Honneur ». Mais il convient de souligner la cruelle inutilité de pareils procès, tout comme ceux imputés aux criminels de guerre car les morts ne reviendront jamais, aussi élevée que puisse être la peine. La douleur ne donne malheureusement aucun droit a pu dire André Brink à propos de la situation des Noirs en Afrique du Sud. Or l’Afrique loin de tirer des leçons pratiques de ces périodes sanglantes s’est mise à vouloir obliger l’Occident à régler l’ardoise de ses crimes… et ce avec la dureté du verbe ! Oui ! et après ! Est- ce cela qui effacera notre complicité dans cette barbarie ? Il n’y aura pas de Plan Marshall pour l’Afrique. L’histoire connue de l’humanité n’offre aucun exemple de nations faibles ayant obtenu des réparations de guerre en se contentant de gémir.

La technoscientophobie et aliénation culturelle : tandem mortel ?

« l’anti-occidentalisme primaire est si ancré dans les mentalités qu’il constitue encore le meilleur gage de la pérennisation de l’arriération sur tous les plans ». Axelle Kabou
Convaincue par le faux anti-machinisme d’après-guerre qu’elle devrait rester la seule civilisation sans machines du XXI siècle, l’Afrique n’a, de fait, consenti aucun effort depuis les indépendances pour se doter de structures industrielles régionale ou sous régionale, afin de réduire sa dépendance à l’égard de l’extérieur. Elle s’accroche à ses « Etats théoriques » au lieu de s’atteler à la création de ces grands ensembles économiques qui conditionnent sa survie comme le lui recommandait in fine Kwame Nkrumah. Elle lance de grands appels vers l’Europe, d’autant moins disposée à voler à son secours qu’elle est actuellement confrontée à de graves débats historiques, économiques et sociaux. L’Afrique est donc le lieu où « les leçons maladroitement apprises renforcent l’arriération initiale et laissent pantois devant d’apparents revirements ». La technoscientophobie africaine entraine sa double marginalisation : d’une part d’avec ses anciennes « collègues » (Chine, Inde, Brésil…) qui hier étaient au même poste et d’autre part d’avec les européens qui, de par la créativité et l’expansion des anciens collègues, se méfie de son réveil.

En outre, la conception africaine post indépendantiste de la culture et de la tradition est un frein au développement. Le dualisme « tradition-modernité » et partant l’aliénation culturelle est un mythe car la plupart des consciences africaines se sont figées, barricadées et repliées sur elles-mêmes après avoir diabolisées les valeurs de la modernité. Ce prétexte d’aliénation culturelle a pour fonction d’instaurer un climat de résistance à l’installation d’idées nouvelles dans les mentalités. Il n’y a pas, à proprement parler, de déracinement, mais plutôt une sorte de mauvaise conscience à l’égard des valeurs traditionnelles. C’est pourquoi, après plus d’un demi-siècle d’indépendances, l’Afrique n’a toujours pas effectué l’inventaire de ses valeurs traditionnelles objectivement dynamiques qui pourraient, non seulement constituer le fondement solide de politiques cohérentes de développement, mais aussi servir à minimiser les effets pervers de la domination extérieure. Ce mythe de l’antagonisme tradition-modernité va engendrer une pensée polluée, coagulée et absolument inopérante mais dont on ne pourra se débarrasser qu’au prix d’une révolution mentale permettant de purger une fois pour toute la honte de la traite et de la colonisation.

Les Avatars de l’Africanisation.

« La véritable africanisation reste à inventer».

 Partout en Afrique on note une absence cruelle de projet de société cohérent, d’idées neuves. Seule émerge de cette inertie organisée une ambition crépusculaire : celle de rester soi-même à n’importe quel prix. L’Africanisation reste encore largement une entreprise cathartique de décolonisation à la manque, consistant à planter le drapeau de l’ancêtre vaincu là où flottait celui de l’homme blanc. Ce retour à soi qui aurait pu être une aventure exaltante, libératrice d’énergies créatrices, est en train de tuer l’Africain lentement et surement, pour n’être qu’une opération de lavage de cerveau, au profit de valeurs culturelles non repensées. L’enseignement africanisé, loin de favoriser l’ouverture nécessaire au développement, aurait plutôt tendance à prôner le repli sur soi.

L’africanisation a justifié l’isolationnisme culturel et entraîné la résistance des Africains vis-à-vis de la pénétration culturelle occidentale. Cela est bien visible dans l’éducation où malgré la multiplication des séminaires sur l’éducation de base, la formation des formateurs, la nécessité d’introduire la science et la technologie, ces programmes demeurent mal pensés. Les programmes éducatifs sont basés non pas sur des sujets de fierté mais sur des sujets de honte : esclavage, colonisation. Les intellectuels doivent étudier le passé, non pour s’y complaire, mais pour y puiser des leçons, ou s’en écarter en connaissance de cause si cela est nécessaire. On a coutume de dire qu’une erreur n’est considérée comme telle qu’à la première occurrence, la seconde étant considérée comme un choix délibéré. Nous avons hérité d’une histoire mais qui a été vidée de ses enseignements pratiques car nous continuons à perpétuer le discours d’une conscience post-indépendantiste humiliée, nous refusons le droit vital à l’ouverture au nom du droit à la différence.

La technologie ne se transfère pas, elle se conquiert.

De nombreux gouvernements africains sollicitent des transferts de technologie pour aider leur pays à s’industrialiser ou à se « développer ». Pourtant la puissance que charrie la technologie et désormais la technoscience ne se transfère pas, elle se conquiert. La conquête et la maitrise de la technoscience par les africains est le moyen le plus efficace et efficient de pouvoir participer à la mondialisation en tant qu’acteur et non en tant que victime résignée. Toutefois, la conquête et la maitrise de la technoscience par les africains ne devrait pas se faire à tout prix et à tous les prix même à celui de leur âme. Car la technoscience véhicule une idéologie plus ou moins implicite. Mieux elle présente dans certains de ses domaines notamment l’ingénierie génétique ou procréatique, une an-éthicité qui est antinomique à l’éthos africain. Ainsi son appropriation nous confronte comme le fait remarquer Mono Ndjana non sans justesse à « une dialectique compliquée faite à la fois d’un attrait nécessaire et d’une méfiance indispensable. » Une méfiance qui n’est rien d’autres que de la vigilance éthique. Le développement de l’Afrique et partant sa résistance à l’hégémonie occidentale passe par la réévaluation de son rapport à la technoscience à la lumière des défis actuels à savoir ceux de l’émergence et de l’éthique.

Pour l’avènement d’une Afrique décomplexée.

Après avoir dressé ce panorama que d’aucuns vont peut-être qualifié d’afropessimiste, essayons de proposer des conditions pour l’avènement d’une Afrique décomplexée. En effet, cet examen critique de l’Afrique vise à choquer et à éveiller les mentalités africaines qui sommeillent faute d’examen lucide sur certains pans critiques de leur histoire. Notre première recommandation est le boycottage de l’Union Africaine qui a grandement failli à sa mission unitaire depuis sa création en 1963. Il serait donc préférable de la dissoudre dès maintenant afin qu’elle ne cause davantage de préjudice au continent. Comment voulez vous qu’une pareille institution puisse agir pour l’Afrique quand elle est financée par les Occidentaux. C’est la main qui donne qui commande la main qui reçoit. Le récent discours du nouveau président de l’Union Africaine (UA) Idriss Deby Itno aura certe ravivé une lueur d’espoir au sein de la jeunesse africaine. Mais cette lueur n’est-elle pas un leurre ?

Si la colonisation, la traite négrière et l’insupportable médiocrité actuelle des Africains ne sont pas assez humiliant et convaincant pour les amener à changer de mentalités et à s’unir, je me demande bien quand ce moment adviendra. Pourquoi les nombreuses humiliations et pressions extérieures qu’ont subies les sociétés africaines n’ont pas provoqué, à l’inverse de ce que l’on a observé ailleurs, une désacralisation suffisamment forte du savoir pour éveiller les consciences aux dangers réels qui les menaçaient ? QUAND LES AFRICAINS CESSERONT-ILS DE SE MÉPRISER, DE SE VENDRE LES UNS LES AUTRES ?

Conclusion

L’Afrique bâillonnée est un cliché sans fondement qu’il faut absolument écarter pour être en mesure de saisir la dynamique profonde des réalités politiques et des sociétés africaines. Ces dernières ne sont pas des musées. Elles sont en actes et en devenir. Le rôle historique de la tradition est de fournir des réponses adéquates aux défis que rencontre inévitablement toute culture vivante, et non de siéger dans un musée. L’Afrique doit donc développer de la curiosité scientifique afin de pouvoir s’affirmer dans les systèmes mondialisés du savoir. La bataille de l’intelligence est un enjeu de pouvoir au plan mondial. L’Afrique ne peut plus se maintenir dans une sorte d’adolescence perpétuelle au point de vue de la recherche. Car s’il est vrai que le développement n’est pas une course contre l’occident, elle l’est par contre pour les maux croissant et multiples de l’Afrique. Il devrait donc se poser en termes qualitatifs autocentrés et actualisés.

Auteur: Christian Elongue

Texte original publié sur le site sénégalais: https://www.lecasamag.com/pourquoi-les-africains-refusent-ils-le-developpement/


Homme:respecte ta femme ! 

L’homme qui violente son épouse ou sa compagne n’exprime point sa puissance mais expose son impuissance et sa faiblesse à pouvoir se faire obéir et respecter par le pouvoir de ses mots.

Le dialogue est la meilleure arme pour la résolution des conflits, des problèmes et discordes au sein d’un couple. La femme qu’on bat loin de nous respecter nous craint, a peur de nous et pose des actions sous l’effet de la contrainte.

Hommes, apprenez à respecter vos femmes et à satisfaire leur besoin. Femmes soyez dociles et soumises a vos maris ! L’homme qui bat sa femme souffre le plus souvent d’un traumatisme hérité de son enfance. L’enfant qui voit son père battre sa mère a un fort risque de reproduire cela dans sa future vie de couple.

Mais cela devrait en être autrement.  Mon respect pour la gent féminine naît de cette volonté de ne plus voir se reproduire ces aberrations qui avilissent et répriment la femme dans sa chair et son fort intérieur.

La femme est le véritable pilier de la famille et partant, de la nation tout entière.  Accordons la place qu’elle mérite et la société se portera mieux.


Je vais vous parler d’elle…

Je ne sais même par où commencer pour vous parler d’elle. Elle a toujours été l’objet de mes fantasmes…

 Je l’ai toujours visité par mon imaginaire, imaginant ses contours, devinant ses pourtours, caressant son visage, à la recherche d’un sourire, à la quête d’un regard. Morphée me transportait parfois chez elle. Je la courtisais puis je me baignais dans son bassin légendaire. Bien qu’elle soit vieille, sa beauté ne cessait de m’éblouir, son passé me faisait jouir et je ne cessais de souffrir à l’idée de me savoir si loin d’elle. Néanmoins,  je demeurais optimiste, espérant, attendant, ce jour où j’aurais les moyens de payer le lourd tribut afin de prendre mon envol pour aller à sa rencontre.

 Elle méritait vraiment que je fasse ce sacrifice pour elle. Elle avait longtemps été (est) l’objet de convoitise de nombreux prétendants : blancs, noirs, jaunes, rouge et que sais-je encore ! Tout le monde l’enviait. Tout le monde la désirait. Elle avait longtemps flirté avec les Grecs notamment Hérodote ou encore Socrate, le fameux « Père de la Philosophie » (mensonge que j’avais colporté durant des années depuis le lycée). Comme je disais donc, Socrate et bien d’autres avaient séjourné dans son lit durant des années. Elle les avait nourris et allaités. Leur séjour fut tellement agréable que certains prétendants oublièrent de retourner dans leur Athènes chérie. Ceux qui réussirent à rentrer à domicile s’étonnèrent encore que pareille beauté, que pareille intelligence et sagesse puisse exister en Afrique ! Ils essayèrent alors de l’adopter, essayant de la ramener, de l’attacher sinon de la rattacher à une Autre civilisation… Un preux chevalier du nom de Cheikh Anta Diop viendra à sa rescousse et montra aux yeux du monde qu’elle était et avait toujours été de sa lignée et l’avait épousée à bras le corps. Les autres prétendants ne lâchèrent point la prise. Ils avaient perdu une bataille mais pas la guerre ! Ils reviendront à la charge…

 Comme tu t’en rends compte, elle avait été la cible de nombreux prétendants qui avaient ouvert de nombreux débats (combats) pour l’épouser. J’étais fier de ses fils et de ses filles dont les réalisations artistiques, techniques et surtout architecturales figuraient parmi les sept merveilles du Monde. Toutes ces idées, toutes ces images, tous ces visages défilaient dans mon esprit. Oui ! Pourquoi maintenant ? J’étais assis confortablement sur un siège dans un avion : j’allais la rencontrer. Mon esprit, tout excité me présentait comme dans un film, toutes les représentations et images que j’avais développées d’elle. J’avais hâte de les vérifier, de les confirmer ou de les infirmer ! Oui ! J’étais impatient de la voir, de la regarder droit dans les yeux pour lui dire ô combien elle avait été mon fantasme ! J’étais en extase rien qu’à l’idée de pouvoir la sentir, humer son parfum, respirer son odeur ! Pouvoir la caresser, l’enlacer, l’embrasser : quel plaisir ! Je l’apercevais déjà à travers le hublot de l’avion qui était en phase finale d’atterrissage. J’apercevais son visage lumineux et le mien s’illumina d’un sourire.

Le rêve est la sève de la vie !

 Oui ! Quand la réalité est là, le rêve prend la retraite ! Cette réalité, cette extase, ce bonheur, je le devais d’abord au Tout-Puissant qui était passé par l’Organisation Internationale de la Francophonie pour faire de moi un boursier de l’Université Senghor d’Alexandrie. Oui ! J’étais en Egypte, le pays des pharaons et j’allais résider durant deux années consécutives dans la mythique ville d’Alexandrie avec son célèbre Phare et surtout sa fameuse Bibliothèque, qui avaient longtemps nourri mon imagination. De l’annonce de ma sélection à cet instant, je croyais vivre un conte de fées. Je croyais rêver mais je sus que la réalité avait pris la relève du rêve quand j’ai foulé le tarmac de l’aéroport de Borgh El Arab. J’ouvris grand les yeux, essayant de saisir du regard, d’un coup, tout ce paysage, tout ce magnifique panorama. Je respirai une grande bouffée d’air car je savais que cette première rencontre d’avec l’Egypte serait le début d’une nouvelle aventure dont je vous tiendrais informé des différents épisodes !

A Bientôt!


Quand le doute devient une richesse.

Cette phrase simple mais profonde résume à merveille la pensée de l’écrivain franco-égyptien Robert SOLE lors du Café littéraire organisé par l’Institut Français d’Alexandrie.

 Ce romancier profita de son passage dans son pays d’origine pour entretenir les francophiles parmi lesquels le Consul de France à Alexandrie, sur sa carrière d’écrivain, de journaliste et d’historien. Il souligna d’emblée que ces trois casquettes ne se superposaient point mais s’imbriquaient à merveille. D’une part le journalisme lui a permis de faire de nombreuses rencontres à travers des voyages et des enquêtes. Elle lui permet de questionner et de commenter l’actualité, le réel.  D’autre part, l’écriture romanesque lui permet de transcender le réel, de se transplanter dans l’imaginaire et de revisiter la mémoire ou le passé. En effet, « le passé le passionne mais ne l’y enferme pas ». S’inspirer du passé est certes bien mais l’écrivain se doit de le transgresser et de le transpercer à travers une écriture critique sur les problèmes de la société. Pour ce qui est de la société égyptienne, il souleva que ces problèmes étaient davantage d’ordre économique (fracture sociale), sécuritaire (incident du Sinaï) et humanitaire (droits de l’homme). Enfin, sa carrière d’historien enrichit sa création de faits, de détails qui se reflètent par la beauté de ses descriptions et la richesse de ses récits. Histoire, mémoire et devoir d’écriture sont donc intimement liés.

 En outre, l’ancien rédacteur de la rubrique religieuse du Quotidien français Le Monde, déclarera que la religion et la question identitaire sont au cœur des plus grands enjeux contemporains. S’agissant de la religion, elle a pendant longtemps été banalisée par les dirigeants qui évitaient maladroitement (consciemment ?) de poser les questions essentielles. Le terrorisme a-t-il toujours  OU forcément des soubassements religieux ? A la suite des récentes attaques terroristes, celles de Grand-Bassam ou de Belgique, les médias occidentaux ont tiré des conclusions hâtives assez faciles, et semble-t-il, logiques. Essayer d’éradiquer le terrorisme revient à découvrir les motivations des terroristes. Les attaques de Londres, Radison Hotel, les kamikazes de Boko Haram au Nord du Cameroun ou enfin ceux de Paris ont tous essayer d’être justifiés par des motifs religieux. A ce propos, l’auteur de Les Nouveaux Chrétiens(1975) estime que :

« la religion, au-delà du fanatisme, a pris une place excessive mais négative dans la société contemporaine car elle va à l’encontre de l’esprit critique, du doute ».

En fait, le doute est le contraire du fanatisme et la pratique de l’art oratoire à travers le débat contradictoire est une des voies pour la culture du questionnement et de la remise en cause perpétuelle et continuelle de la vérité. Il n’existe point une vérité mais des vérités, plurielles et diverses. Et c’est à chaque peuple de puiser dans la puissance de son imaginaire pour aller à la rencontre de l’Autre, entamer cette démarche vers et envers Autrui comme nous le recommandait Daniel Henri Pageaux.

 Ces échanges avec l’écrivain furent momentanément agrémentés par des pauses lectures réalisées par les étudiants du Département de Langues et Littératures Françaises de l’Université d’Alexandrie dont la Directrice du Département, Mme Lana assurait la modération. L’identité sera le second point touché par notre romancier qui a vécu la situation de l’entre-deux (chaises), à cheval entre la culture égyptienne et la culture française dont il admirait les valeurs. En effet, la langue française pour lui était plus qu’une langue, elle exprime une richesse, une alternative à l’uniformisation (américanisation) culturelle du monde.

 Or force est de constater aujourd’hui nous assistons davantage à un « gaspillage effroyable de la différence qui est lié à la peur du singulier » comme le remarquait le plasticien Philippe Mouillon. On nous parle de métissage mais le reconnaître et l’accepter ne suffit pas si cette tolérance ne fait que masquer un cannibalisme tranquille, une des perversités possibles du capitalisme tardif. Il ne s’agit point de fantasmer deux sortes d’identités, la mienne et l’autre, moi et l’étranger. L’identité n’est qu’un imbroglio fait d’emprunt, de bricolage composite, de digestion douloureuse, de détournement, de vol. Et cet étranger qui est producteurs d’étranges regards sur moi-même, il n’est pas seulement de l’autre coté de frontières géographiques, il est aussi en moi-même, parmi et en nous jusqu’à faire douter de l’existence de ce nous.

 Toutefois, afin d’éviter de cultiver des identités meurtrières (Amin Maalouf), il faudrait une ouverture prudente et rationnelle vers l’étranger. Prudente car nous ne devrions pas nous dépersonnaliser ou être déracinés de nos valeurs culturelles mais aussi cultuelles. Le lauréat du Prix Méditerranée 1992 (Le Tarbouche : Seuil) nous recommande donc d’être trilingue : de parler d’abord nos langues maternelles pour l’enracinement culturel, ensuite l’anglais pour l’insertion (professionnelle) au monde et enfin la langue française ou l’espagnol, l’italien, le russe pour développer. La Francophonie à cet égard à un très grand défi à relever.

Ngnaoussi et Robert Solé
Le lauréat Ngnaoussi avec l’écrivain Robert Solé lors des dédicaces.

 Le café s’acheva avec la cérémonie de remise des prix aux lauréats de la 4ème édition du Concours « Ecrire la Francophonie » organisé par l’Agence Universitaire de la Francophonie, la Bibliothèque Francophone de la Bibliotheca Alexandrina et l’Institut Français d’Alexandrie. Le premier prix revint au camerounais NGNAOUSSI ELONGUE Cédric Christian de l’Université Senghor, qui s’en réjouit à cela lui permettait, bien que néophyte, de découvrir un talent latent pour l’écriture littéraire. Le 2nd prix revint au nigérien Nasser HASSANE de l’Université d’Alexandrie et le dernier prix fut attribué au sénégalais Saliou DIOUF qui malheureusement n’était pas présent. Et comme d’habitude, l’écrivain en profita pour réaliser des dédicaces de ses principaux livres mis en exposition notamment : Le Pharaon renversé (2010), Vingt jours qui ont changé l’Égypte (2011), La Pierre de Rosette (1999), Sadate (2013), Mazag (2000), Une soirée au Caire (2010) ou Les Savants de Bonapartes (1998). Que je vous encourage à lire.

 Pour l’instant je ne dispose point d’une bibliographie aussi florissante. Je ne suis qu’un petit qui s’initie petit à petit à la littérature et ce « petit » prix qu’il reçoit lui donne déjà de l’appétit.


Quand le monde devient immonde…

Y’a des moments où on a honte de son pays ! 

Comment concevoir qu’en plein 21ème siècle, des femmes puissent encore mourir dans des hôpitaux publics, en présence de médecins, tout simplement parce qu’elles ne possèdent pas les fonds pour payer leurs soins ? Imaginez le désespoir de cette femme qui voit sa sœur agoniser sous ses yeux? Imaginez la peur et la terreur qui l’habite, alors qu’elle observe la vie s’échapper silencieusement de sa sœur venue donner la vie? Est-ce que c’est cette terreur qui l’a dynamitée, l’a métamorphosée et l’a hypnotisée au point de se mettre à opérer sa tante à l’aide d’une lame ? Imaginez la douleur de Monique, déjà inconsciente, alors qu’elle était déchirée par une lame, au bout de la main tremblante de sa nièce ?

Imaginez la douleur lancinante qui frappa cette nièce de voir sa tante et ces deux bébés innocents mourir sous ses yeux ? Est-ce un crime d’être pauvre ? Choisis-t-on de naître dans une famille pauvre ou dans une famille nantie ? L’humanisme a-t-il disparu de nos sociétés, pour céder ainsi la place au matérialisme ? L’intérêt doit-il supplanter l’être ? Où sont passés les valeurs de solidarité et de partage reconnues par les cultures africaines ?  La société camerounaise et le monde en général sont-ils totalement pervertis ?

J’ai mal de savoir que l’argent a autant pris le dessus sur nos valeurs éthiques et morales. La vie est une valeur suprême et sa préservation n’a pas de prix. Que les médecins qui ont refusé de prendre soin de cette femme enceinte en détresse aient honte! Qu’ils soient même destitués de leur corps de métier, car la déontologie médicale ne permet pas ce genre de traitement. Ils ont trahi le serment d’Hippocrate pour devenir des HYPOCRITES !

Ils tenteront de trouver des excuses et rejetteront tout sur l’Etat. Mais comme l’a déclaré André Brink à propos de la violence ségrégationniste des noirs sud-africains : la douleur n’a point de prix, ni d’excuse, ni de justificatif. Aussi lourde que pourra être la condamnation attribuée au corps médical de l’hôpital Laquintinie (si à jamais cela était fait), cela n’effacera point la peine de cette famille. Cela n’effacera point la haine de cette nièce vis-à-vis de l’Etat, vis-à-vis de la société, vis-à-vis des Hommes.

La mondialisation ne fait qu’accroître les disparités socio-économiques entre les individus. Pendant que ma sœur Monique Koumate meurt ainsi, certaines se permettent de gaspiller les deniers publics en payant des courses de taxi à 400$, en fréquentant des universités internationales dont les coûts proviennent des caisses nationales… Je ne peux point énumérer ici les dérives économiques réalisées par les concessionnaires camerounais qui sont en partie indirectement responsables de cette tragédie. Mais étant donné que le poisson ne pourrit qu’en passant par la tête, nous ne pouvons que nous retourner vers le Chef de l’Etat afin de lui demander des comptes.

Que sont devenus les programmes de gratuité pour l’accouchement qui ont pendant longtemps été vantés sur nos médias ? Existe-t-il des mesures d’accompagnement, d’évaluation et de suivi des différentes politiques sanitaires lancées par le gouvernement ? Que des lois puissent être instituées pour punir très sévèrement les médecins qui manqueraient à leur éthique professionnelle. En Allemagne par exemple, on retrouve des pancartes régulièrement mises à jour qui recensent le nombre de morts attribué à un médecin. Ces pancartes sont fixées à l’entrée du Bureau de chaque médecin afin de les conscientiser et amener le citoyen à se diriger vers un médecin en connaissance de cause.

Vivement qu’un programme d’assurance maladie national puisse être mis sur pied. Le Régime d’Assurance Maladie Universel (RAMU) qui permettra de mutualiser les efforts pour venir en aide aux personnes nécessiteuses puisse être rapidement mis en place. La médecine est un secteur clé pour le progrès de notre pays vers l' »émergence ». Quatre des objectifs du Millénaire pour le Développement y sont consacrés. L’on devrait être très sélectif et méticuleux dans le choix de nos médecins car ils ont entre leur main, la santé et partant une part du bien être de toute la Nation. Des critères d’évaluation éthique doivent être rigoureusement mis en place et surtout suivi.

À l’instant où j’écris ce billet sur mon téléphone, je ressens une profonde douleur qui se mue en révolte muette au fond de mon cœur et pour une fois j’ai Honte de mon pays.  Alors vivement que de pareilles tragédies ne se reproduisent plus !


Parisa Reza: l’écriture de l’entre-deux !

Il s’agit ici du récit de ma participation à un atelier d’écriture qui va légèrement modifié mon rapport et ma perception de la littérature. Ledit atelier était en rapport avec deux thématiques  : Histoire et Nostalgie, elle nous apprendra qu’il est nécessaire de se méfier des récits de voyages réalisés par des étrangers qui loin de décrire l’étranger de manière neutre le fait subjectivement et par conséquent dénature la vision que l’on pourrait avoir des gens qui y vivent. Edward Saïd dans son célèbre ouvrage, L’Orientalisme : L’Orient créée par l’Occident, nous invite d’ailleurs à déconstruire ces pseudo représentations et images que l’Etranger véhicule ou colporte sur nous. Images qui par la longue auront un impact sur notre autoreprésentation puisqu’on n’arrive parfois plus à discerner le vrai de l’ivraie. Bien que la littérature soit un puissant véhicule pour le voyage des imaginaires vers des horizons divers, il n’en demeure pas moins que l’expérience empirique est davantage recommandée et plus enrichissante.

En fait s’agissant de l’Egypte. Les nombreux ouvrages et articles que j’avaient lus sur ce pays, voire sur cette civilisation n’égaleront en rien l’expérience, le vécu, la jouissance esthétique que j’en tire depuis que j’y vie réellement. Les livres ont certes le pouvoir de nous faire voyager mais si possible faudrait faire ces démarches vers autrui de manière concrète. Elle nous révèlera ainsi la place de Gabriel Vasquez dans sa rencontre d’avec l’Amérique Latine.

elongue & parisa reza
Avec la Romancière au terme de l’atelier

Du désir d’écrire au pouvoir d’écrire.

Nombreux sont ceux qui éprouvent le besoin d’écrire mais n’ont jamais le courage de prendre une plume pour écrire. Il existe une phobie de la feuille, une crainte de la page blanche que chacun d’entre nous, à un moment ou à un autre fait face. Mais le plus important c’est de réussir à surmonter cela. La romancière Parisa Reza nous donnera ainsi quelques pistes pour réussir à surpasser cette peur. La recette est simple : Se laisser aller ! Eh oui ! il n’y a pas de recette miracle. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, la lauréate du Prix Senghor 2015 nous invitera ainsi à nous lancer quand nous en ressentons l’envie mais à le faire de manière libre c’est-à-dire sans imposer des restrictions esthétiques ou des frontières à notre pensée. C’est bien par la suite qu’on pourrait ou devrait revisiter le texte produit en mode freestyle pour y apporter des modifications de ce genre. Enfin, d’avoir recours au regard de l’autre pour apprécier ou déprécier la production ainsi réalisée. Bien que la critique soit aisée et l’art difficile, il n’en demeure pas moins c’est un regard externe au champ de création qui pourrait apprécier à sa juste valeur (ou non) le travail du romancier ou de l’artiste.

Le passage du désir d’écrire au pouvoir d’écrire pour les écrivains bi-culturel les confrontent au problème de la « langue maternelle ». En effet, Parisa Reza est issue d’une famille intellectuelle iranienne avec un père historien mais s’expatriera pour la France à l’age de 17 où elle passera plus de 30 années de sa vie. Bien qu’elle déclare qu’aujourd’hui il lui est facile de se mouvoir aisément dans la langue française, elle nous révèle par ailleurs faire usage de Dictionnaires de Synonyme pour palier à l’exigence de synonymie du français qui n’accepte pas des mots qui se répètent comme c’est le cas avec l’Egyptien dialectal ou le persan.

S’agissant des sources de création artistique, la romancière nous révélera s’inspirer des faits passés puisque l’ère contemporaine manquerait cruellement d’évènement assez puissants pour marquer l’imaginaire des artistes. Les ateliers d’écriture qui couronnèrent l’atelier fut le moment pour nous de laisser libre cours à notre imagination pour concilier Histoire et Nostalgie. Mais nombreuses sont celles-là qui trouveront leur muse dans leur enfance ou dans leur Passé.

J’aurai appris, au terme de cet atelier, qu’il m’est nécessaire de me focaliser sur un genre littéraire précis, d’apprendre à m’y enraciner avant d’envisager une ouverture vers d’autres genres. Une écriture sans fioritures et naturelle sont des exercices auquel je dois me soumettre comme je le fais présentement en rédigeant directement cette note sur mon blog sans y apporter un amendement.


La jeunesse africaine serait-elle masochiste ?

   « If you chercham, you trouvam. You trouvam and you supportam« . Lapiro de Mbanga. Artiste Musicien Camerounais

 Le masochisme est la recherche du plaisir dans la douleur. De même l’Africain recherche l’Ailleurs (plaisir) dans la douleur. Cette douleur peut être psychologique ou physique. Elle est psychologique à travers les récits (mensonges) que les anciens bengistes nous déversent quand nous vivons paisiblement au Mboa (pays). Ils nous font ainsi fantasmer, rever et envier leur vie alors qu’en réalité, ils ne « voient pas clair » et jouent chaque jour au « Toméjerrysme ». On se met ainsi à voyager sans décoller, imaginant le jour où nous aussi on pourra mener cette vie de luxe faite de cigares, champagnes et caviar comme la Jet7.

 La deuxième douleur masochiste est physique : celle-ci survient quand nous avons laissé le mythe nous emporter et nous transporter. On se met dès lors à la quête des moyens nécessaires pour réaliser notre rêve. On commence alors par gratter de tous les cotés, à épargner pour le fatidique jour de départ. La douleur physique là nous touche vraiment quand débute le voyage. Vous savez que le froid n’a pas de sentiment (nor), ne gère pas les émotions, il te met à l’aise quand tu le testes. Sans oublier les « marchands de la mort », moi je les appelle les démarcheurs puisque c’est eux qui jouent dix pour que tu puisses réaliser ton souhait : fouler le sol de Mbeng. Et comme tout bon démarcheur, il y’a les frais de démarche et de marche qui se paient avant le service. On se connait entre africain et nous connaissons tous très bien l’adage : « payez avant d’être servi » qu’on affiche dans tous les bars et lieu de vente au pays. Car après le service… Oh oh !!! Man don know !!! Prévenir vaut mieux que guérir…

 Vous savez aussi que quand tu paies ton dix, cela ne constitue pas pour autant une garantie de la réussite de ton « dossier ». De même, il ne faut pas t’attendre à ce que ton démarcheur réussisse à te faire parvenir à destination ! Il peut njoum dans les cissongos (disparaitre) sans laisser de trace (comme Bimbip!) tout comme il peut t’envoyer au champ en te mettant dans un bateau de fortune où la plupart du temps lui-même n’entre pas. Si tu arrives bien à destination c’est bien ! Sinon tant pis ! Chacun gère son couloir !!!

L’Afrique a la peste?

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Quand le chassé devient chasseur.

 

 Il y’a des gens ici dehors qui ternissent l’image de notre continent l’Afrique. Wèh Afrika ! Tu as la peste ou la lèpre avant que tes enfants te fuient comme ça ! Certains ont tellement honte de toi qu’en voulant s’éloigner de toi, ils réalisent des exploits inhumains. Certains réussissent à rentrer sous des trains d’avions. D’autres, plus cruels demandent gentiment à leur enfant de se contorsionner pour s’imbriquer dans une mini-valise de voyage ! Et dire qu’avec tout cette gymnastique, nous n’arrivons pas à faire de même aux J.O. Mais le médaillé d’or de ces contorsionnistes et mon préféré est cet africain (dont je préfère taire la nationalité) qui a été surpris sous un pare-choc à la frontière italienne alors qu’il tentait de rejoindre … l’Europe! Incroyable mais vrai, les gars sont forts ici dehors ! Les ivoiriens mokobéiserai cela en disant : Yes papa, jeu de jambes ça c’est Kdo » Heureusement que le type est un né avant la honte comme la Mama Gabonnaise Patience Dabany les désignent affectueusement.

 Dans tous les cas, continuons avec les chanceux qui sont parvenus à bon port. Maasaah c’est la galère que tu veux voir !!! Les gars misèrent comme des hères, errent comme des vers MAIS persévèrent comme des lièvres. Ma soeur, mon frère, quand tu n’as pas ta personne là-bas, tu vas souffrir jusqu’à tu vas dire « si je savais ». Mais on sait bien qu’on ne conjugue le verbe à l’imparfait que parce qu’on n’a pas été parfait au présent.C’est ainsi que l’on y retrouve des femmes mariées et respectables dans leur pays qui arrive là bas et deviennent nothing, zéro. Celle qui est zéro au pays est même mieux qu’elle. Elles s’inscrivent ainsi dans: De l’Excellence à la médiocrité … Faute de logement, tu vas en voir caler dans les cabines téléphoniques en faisant semblant d’appeler alors qu’elle veut seulement en profiter pour y passer la nuit. Certaines vont jusqu’à « sortir » njoh avec des hommes simplement parce qu’elle est fatiguée de squatter la rue sous le froid le soir et veulent rester dans une demeure. Et comme les hommes n’ont pas de sentiment là, les gars vont chauffer les betises là jusqu’aah se fatiguer. Et après quand après deux ou trois mois, ils sont lassés, ils  te jettent comme une vulgaire éponge ! En tout cas, c’est le lait qu’il te donne ! c’est pas lui qui t’avait envoyé ! Lapiro de Mbanga disait « You chercham you trouvam, you trouvame you suportame ». Autrement dit, qui cherches trouve.

 D’autres femmes par contre sont moins chanceuses. Surtout les « eyenga » qui rêvaient de trouver leur « blanc ». Elles confirment seulement le code parce que non seulement leur rêve est déchu mais devient un cauchemar puisqu’elles sont parfois forcées à avoir des relations sexuelles filmées avec des animaux (cheval, chiens, serpents…) à longueur de journée. Quelle tragédie ! Celles qui tombent sur des proxénètes deviennent des prostituées ou des machines sexuelles au profit de leur bourreau qui au préalable leur confisque toute pièce d’identités. Retenues prisonnières elles sont contraintes aux pires scénarios….

 Des hommes qui jouissaient d’une position sociale déchéance socialerespectable dans leur pays, se retrouvent balayeur de rue, hommes de main ou des gardiens d’immeubles, des gigolos qui n’espèrent la fortune qu’à travers la mort précoce de leur compagne, qui font des mariages à durée déterminée car leur seul véritable intérêt dans tout ça, c’est davantage l’obtention de la carte de séjour ou de la nationalité française pour les élus qui y réussiraient à avoir des progénitures. L’avenir de ces derniers est fortement compromis dans ces sociétés où la différence est perçue comme une menace..

 Au quotidien, ces « immigrés » (je préfère expatriés) sont humiliés, insultés et rabaissés au banc de la société. Si au début ils font preuves d’une rhétorique oratoire pour clamer leur droit ou rappeler leur rôle historique dans la construction du pays, celle ci rencontre le silence éloquent des Autorités.  Passivement et silencieusement, ils subissent leur sort, se laissant ronger par la mélancolie du bercail, envisageant parfois un retour au pays Natal,Celles qui attendent se larmoient et s’abstinent pour leur éventuel retour. Ce retour est sévèrement conditionné et contusionné par le R-E-G-A-R-D.

 Eh oui ! Malgré les situations insupportables que nos frères et sœurs vivent à l’étranger, ils s’y résignent car ils ne veulent point affronter le regard de leurs familles restées en Afrique et qui continuent à déifier l’enfant prodige qui évolue en Europe. Ce dernier devient l’espoir de toute une famille et parfois de toute une communauté comme c’est le plus souvent le cas au Mali. C’est cette crainte de la déchéance n’est qu’une des raisons qui les encourage à rester souffrir et à se plaire dans la douleur: d’où leur caractère masochiste. Quoi qu’il en soit: You chercham, you trouvam. You trouvam, you supportam » 

 Plus on demande aux jeunes de rester plus ils ressentent le besoin de partir. Plus on interdit plus ils s’aventurent ! Plus il y’a des sanctions autant il y’a d’infractions ! Mes frères et sœurs sont tous conscients de cette réalité, des différentes difficultés de la vie à l’Etranger. Mais comme ce sont des masochistes, ils continuent à se bousculer pour aller souffrir la-bas alors que l’Afrique a besoin de nous pour se relever et revendiquer sa place dans le concert de la mondialisation.

Mais je pense que cet attrait pour l’Ailleurs qui se traduit par une attitude masochiste a des racines dans les mentalités africaines qu’il faut déconstruire et reconstruire. L’Education est l’arme fatale pour limiter les flux migratoires mais pour qu’elle puisse être efficace et efficiente, elle doit au préalable être repensée.


Les Avatars du Marxisme en Afrique Noire

  Les dérives du marxisme en Afrique

Tout au long de cette ouvrage, la question à laquelle le chercheur tente d’apporter une réponse satisfaisante est la suivante :

« Existe-t-il une fatalité unilinéaire du développement capitaliste ou est-il possible aux pays agraires à structures de production et de gestion communautaire et à institutions de propriété collective, non encore entièrement détruites par le colonialisme, de construire le socialisme en élaborant un appareil industriel sans passer par une phase d’accumulation capitaliste ? »

Pour accomplir son projet, il commencera par nous présenter la spécificité et l’universalité de la pensée marxiste, ensuite la connaissance du passé du monde négro-africain….

La conscience transformatrice occidentale

 La conquête et la domination occidentale du monde négro-africain coïncident avec la naissance du capitalisme dont la base est la propriété privée. En effet, à la suite de la dissolution de la féodalité, les européens entreprennent de transformer les modes de production des parties du globe terrestre qu’ils conquièrent en modes de productions favorables au capital. Ils poseront ainsi le capitalisme comme un mode de production essentiel et naturel en Afrique où le pouvoir financier impérialiste agresse les économies, les ressources naturelles et matérielles, et transgresse les barrières locales et frontières nationales pour la constitution d’un marché mondial orienté vers une maximalisation du taux de profit, but ultime de l’idéologie capitaliste.

 Le temps est l’autre équation nécessaire pour l’expansion exponentielle du capital car la réduction avec les progrès scientifiques et techniques (moteur à vapeur…) va permettre l’accélération et l’intensification des échanges. C’est dans cette perspective que seront engagés les projets de construction des voies de communication notamment à travers la construction des lignes de chemins de fers, des routes et les divers investissements coloniaux dont l’Afrique sera bénéficiaire. Toutefois, nous ne devrions pas nous laisser séduire par ces projets car comme nous le verrons avec Lénine dans L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme[1] : « La construction des chemins de fer semble être une entreprise simple, naturelle, démocratique, culturelle et civilisatrice aux yeux des colonisateurs pour masquer la hideur de l’esclavage capitaliste. Mais en réalité, « les liens capitalistes qui rattachent par mille réseaux ces entreprises à la propriétés privées ds moyens de production en général, ont fait de cette construction un instrument d’oppression pour un milliard d’hommes ».

 Le colonialisme et le christianisme seront dès lors les bras armés du capitalisme. Le premier, se fera avec la violence militaire et l’école coloniale où l’usage de la mnémotechnique permettra l’aliénation des africains en leur enlevant toute conscience d’eux-mêmes afin qu’ils épousent l’idéologie coloniale, c’est-à-dire qu’ils assument eux-mêmes leur oppression et leur exploitation. Cette intériorisation et cette gravure des modèles occidentaux dans la mémoire des peuples va laisser des traces ineffaçables et des séquelles inoubliables au point « d’hypnotiser le système nerveux et intellectuel tout entier »[2]. DIMI en a fait l’expérience douloureuse puisqu’il nous aura confié avoir été victime de bastonnade et de sévères punitions pour avoir malencontreusement fait usage de sa langue maternelle à l’école : le boulou. Ceci est d’autant plus compréhensible car dans l’optique coloniale, le « Nègre ou l’indigène… est une brute ». Il est comme le dit Franz Fanon, « déclaré imperméable à l’éthique, absence de valeurs, mais aussi négation des valeurs…. En ce sens, il est le mal absolu »[3]. C’est pourquoi comme le recommandait déjà Hegel, les sévices corporels et partant l’usage de la violence est salutaire pour lui puisqu’elle lui permet de se réaliser en lui ouvrant les portes de la Civilisation et par conséquent du paradis ou du ciel. Le second bras armé, la doctrine chrétienne à travers l’Eglise aura pour fonction de détruire la personnalité du Négro-Africain d’une part et le génie des peuples d’autre part. Elle se révélera comme étant l’ « opium du peuple » c’est à dire un puissant instrument d’abrutissement des consciences. Ainsi l’alliance mission civilisatrice et évangélisation participe de la conscience européenne. Le politique et l’Eglise sont la recette ayant donné de la saveur à l’économique : le capital.

  • Le capital et les classes sociales en Afrique.

 L’introduction du capital dans le monde négro-africain va entraîner des antagonismes de classes. Cependant, les luttes de classes ici étaient modérées comparées à celles qui survinrent dans le monde occidental. En effet, le Négro-africain se réclame du grégarisme et du tribalisme dans la mesure où il cherche toujours à persévérer dans son être tribal ou générique. C’est pourquoi le plus important pour lui n’est pas d’exhiber ses richesses n’importe où et n’importe quand mais que celle-ci participe au prestige et donne plus de pouvoir à sa tribu. Toutefois l’accumulation et l’accroissement du capital aboutit à la dissolution de la conscience générique et tribale pour l’émergence d’une conscience individuelle. En somme, le capital est un acide dissolvant qui crée dans « les communautés négro-africaines, une nouvelle stratification sociale en développant une nouvelle forme de la division du travail.

L’EMANCIPATION DES PEUPLES NEGRO-AFRICAINS

 Il s’agit pour l’auteur de sortir effectivement l’Afrique des oubliettes du marxisme en définissant les conditions de possibilité de l’édification du socialisme moderne dans le monde négro-africain, dominé par le capital mondial, qui, comme nous l’avons susmentionné est outil d’asservissement des peuples. Il est donc nécessaire pour chaque peuple de s’émanciper du joug, de l’emprise et de l’étau mortel du capital pour atteindre une pleine réalisation de soi. Or « l’émancipation de chaque peuple suppose la découverte de la piste de la loi naturelle qui préside à son développement. Sans cela, il parviendra difficilement à atténuer les douleurs de son enfantement » (p. 124). Vu l’impossibilité d’un développement orienté vers le capitalisme et l’impossibilité d’un saut direct au socialisme et l’inexistence d’une troisième voie, il est donc nécessaire d’adopter des phases intermédiaires

Impossibilité d’un développement orienté vers le capitalisme.

 La traite négrière, pour n’évoquer que ce phénomène, arabe puis européenne, fut une modalité d’insertion du continent dans ce que F. Braudel appela l’économie- monde. Au XIXème siècle, la conquête coloniale l’arrima davantage encore au système capitaliste en expansion et aux échanges commerciaux en voie de mondialisation. Ce à quoi on assiste actuellement est donc une accélération de ce mouvement sous l’effet, entre autres, de la diffusion foudroyante des technologies de l’information et de la communication, et de la densification sans précédent des flux et réseaux transnationaux de toutes natures,

Conclusion

 Mais DIMI ne nous laisse pas ainsi, en conclusion, il affirme qu’il y existe bel et bien une alternative et nous invite, lectrices et lecteurs (probablement déjà convaincu(e)s pour la plupart) à cessez de jouer le jeu de la gouvernance. « La gouvernance ? En rire. Et vite passer aux choses sérieuses. » (p. 189) Les phrases s’enchaînent alors comme   autant   de   slogans   nécessaires :   « [S]e   rendre   digne, s’indigner » (p. 190); « Comme Simonne Weil, tout soumettre à la critique radicale » (idem); « Ne plus sonner l’heure de l’engagement politique, mais celle   du dégagement » (p. 192); « Se saisir des structures, pas l’inverse » (idem); « Afficher un optimisme plus fort que les contingences » (p. 193). Ces phrases sont autant d’appels à la mobilisation qui pourraient, il est vrai, résonner de manière assez creuse si l’on ne savait pas la force qu’il a fallu à Deneault pour affronter cette dite gouvernance. Reste que Deneault est ferme, il faut s’extirper de ces mécanismes et il est difficile de ne pas terminer la lecture de cet ouvrage avec une certaine admiration, sinon une admiration certaine pour son auteur.

[1] Lénine : L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Editions en Langues Etrangères, Pékin, 1969, p.5.

[2] Nietzche : La généalogie de la morale, Idées, Gallimard, Paris, 1964, pp. 81-82.

[3] Franz Fanon, Les Damnés de la Terre,p. 10