Christian ELONGUE

Comment surmonter les entraves à l’industrialisation de la culture africaine ?

La culture est le moteur sinon le cœur de tout développement économique. L’industrie culturelle et créative est le secteur de l’économie mondiale qui connaît la croissance la plus rapide, estimée à 7 % par an. Malgré son puissant role symbolique dans la construction des imaginaires, en Afrique, la Culture demeure une simple pature dans la Nature. La filière des industries culturelles, est encore immature et ce billet en présente les causes mais aussi quelques solutions. 

 

D’emblée et pour limiter toute asymétrie d’information dans notre analyse, il nous parait important d’indiquer quelques considérations préliminaires. Il est généralement admis qu’il y a industrie culturelle lorsque « les biens et services culturels sont produits, reproduits, stockés ou diffusés selon des critères industriels et commerciaux :  c’est-à-dire une  production  en  grande  série  et  une stratégie  de  type  économique  prioritaire  sur  toute  visée  de  développement culturel » (Unesco, 1982). Cependant, signalons que c’est la présence du capital, de la mécanisation et de la division du travail, et non les intentions des auteurs, qui détermine le caractère industriel ou non d’une production. Ainsi, l’industrialisation de la culture africaine, dont nous traitons, renvoie essentiellement à deux formes de distribution : la reproduction sur copie individualisée et  la  diffusion,  sur  des réseaux appropriés, d’une seule copie captée par des milliers de récepteurs.

Le discours contemporain sur les industries culturelles est bien optimiste. Alors que certains n’y voient qu’un magma déstructuré et diffus au sein duquel il semble difficile de se repérer, d’autres y perçoivent le gisement d’un énorme potentiel économique qui demeure largement sous-exploité. Ce dernier cas nous renvoie à la situation de la culture en Afrique, qui n’est point au cœur du développement mais au cœur du fleuve Léthé[1]. Le moteur de la culture en Afrique subsaharienne est en panne et dysfonctionne. Et nécessite par conséquent des « réparations » pour assumer pleinement son rôle de catalyseur de l’économie régionale. Tous s’accordent sur la nécessité voire l’urgence de mieux structurer et règlementer le secteur des arts et de la culture afin qu’on puisse véritablement parler d’industrialisation de la culture africaine.

Le principal dénominateur commun à la plupart des pays ACP[2], c’est la faiblesse des politiques pour l’économie de la culture. Il y a entre autres problèmes :

  • Le faible accompagnement et soutien aux entreprises culturelles

C’est ce que soulignait Moelle Kombi, ministre camerounais des Arts et de la Culture : « Ces structures sont confrontées à des problèmes juridiques, de structuration organique et fonctionnelle et de financement ».

  • L’insuffisance de cadres et experts formés aux métiers des industries culturelles et créatives

En effet, le manque de formation des entrepreneurs culturels et la nature souvent  informelle  des  méthodes  de  gestion  constituent  des  contraintes  techniques  et culturelles qui empêchent l’élaboration avec une capacité suffisante de stratégies à moyen et long  terme  pour  intégrer  les  logiques  du  marché  local,  sous-régional  et  international. Telle est la tâche à laquelle l’Organisation Internationale de la Francophonie s’attèle aujourd’hui à travers son opérateur direct au service du développement africain : l’Université Senghor d’Alexandrie. On y forme des cadres en matière d’entreprenariat culturel dans son Département de la culture qui contient des filières tels que Gestion du patrimoine culturel (GPC), Communication et Média[3] (CM) et gestion des Industries culturelles (GIC) pour résorber ce déficit de cadres en Afrique. Au-delà de cette formation de professionnels du secteur culturel, il est aussi important, pour saisir les opportunités numériques et le contexte de la mondialisation, de disposer d’un meilleur accès au financement afin de moderniser leurs équipements, de concevoir de nouvelles méthodes de production et de distribution et d’adapter leurs modèles commerciaux.

  • Le faible accompagnement des collectivités locales

En effet, avec l’inefficacité des politiques de décentralisation, les collectivités locales que sont les régions, les communes et les communautés rurales n’ont pas suffisamment de fonds pour la promotion des arts et de la culture. On note également des besoins en matière d’infrastructures et de ressources humaines qui défavorisent le renforcement des entreprises culturelles locales privées. Or la culture fait partie de l’attractivité d’une ville au même titre que son dynamisme économique. Il est donc important que les collectivités locales développent leur stratégie de marketing territorial de la culture et établissent des partenariats publics-privés avec les acteurs culturels. Les dimensions culturelles du développement des territoires se manifestent en chacun de nous à travers différents points de nos coutumes et nos traditions.

L’industrialisation de la culture africaine n’est possible que s’il existe un marché suffisamment grand pour y écouler les biens et services culturels produits.  Avec le numérique, la diffusion et la distribution des biens informationnels et culturels s’en trouve grandement facilitée. Mais en Afrique, on note une faible circulation des produits culturels. Pour le cas de la littérature, il est plus facile de trouver un ouvrage camerounais à Paris qu’au Tchad, Gabon… Les récents accords de libre circulation intra-africaine, lorsqu’ils seront réellement effectifs et mis en œuvre, pourront significativement contribuer au renforcement du commerce des biens et services culturels. Car les industries culturelles constituent un secteur incontournable de la cohésion sociale, de la paix et du développement économique des Etats de chaque sous-région d’Afrique.

Commercialisation de l'art africain @Flickr
Commercialisation de l’art africain Penn Museum@Flickr

Au-delà de ces mesures, nous pensons qu’il serait également important de :

  • Mener une réflexion concertée, multipartite et profonde des mécanismes de financement des projets de l’économie culturelle dans chaque pays en fonction des réalités locales

Aucun modèle d’industrie culturelle ne doit être importé ou imposé à l’Afrique. Chaque pays doit définir et développer les secteurs prioritaires de sa politique culturelle en fonction de l’environnement local. Le plus important est qu’il y ait une coordination entre le gouvernement, le secteur privé et la société civile. Les pouvoirs publics, dans ce cadre, interviennent à trois niveaux indissociables : faciliter l’accès aux consommateursstimuler la créativité des acteurs et l’émergence de marchés viables.

  • Promouvoir les opportunités d’investissements dans le secteur de la culture et du tourisme

Pour y parvenir de manière effective, il faut que la culture soit réellement considérée comme une activité économique à part entière et qu’elle soit soumise aux règles concurrentielles du marché comme les autres secteurs de l’économie. Le champ de la culture et des communications n’échappe plus aux règles fondamentales de l’économie capitaliste (Tremblay, 2008). « Il est inconcevable qu’au moment où on parle de plus en plus d’économie de la culture les porteurs de projets ne soient pas traités comme tout le monde et continuent de bénéficier de subventions à fonds perdus sans pour autant être obligés d’être contrôlés au vu des résultats de leurs projets », complète Espera Donouvossi, chargé de projet au sein du réseau d’entrepreneurs culturels MOKOLO.

  • Encourager la recherche technologique, stimuler l’innovation et établir un propice climat des affaires dans le secteur culturel et touristique,
  • Promouvoir le partenariat public –privé, le marketing territorial de la culture, le développement de l’économie de la fonction publique territoriale par la culture et le secteur productif de sa main d’œuvre.

En définitive, le passage au numérique est plus qu’une opportunité mais une nécessité pour surmonter les challenges susévoqués. Le numérique a un énorme impact sur la manière dont les biens et services culturels sont produits, diffusés et consommés. Ces changements offrent des possibilités aux secteurs de la culture. Grâce au numérique, les efforts pour l’industrialisation de la culture africaine peuvent être propulsés, à condition de le faire à bon escient. La baisse des coûts de distribution, l’apparition de nouveaux canaux de distribution et l’émergence de possibilités pour des produits culturels peuvent faciliter l’accès aux œuvres et améliorer leur circulation en Afrique et dans le monde entier.

 

 

[1] Dans la mythologie grecque, Léthé, fille d’Éris (la Discorde), est la personnification de l’Oubli.

[2] Afrique Caraïbe Pacifique

[3] Par exemple, on y forme au métier de journaliste culturel. Une fonction assez négligée de par ses faibles enjeux économiques pour les praticiens.


Pourquoi devons-nous soutenir les entreprises culturelles au Cameroun?

De la nécessité de promouvoir les entreprises des industries de la culture au Cameroun.

Les entreprises culturelles désignent cet « ensemble hétérogène dont la diversité s’explique tant par l’appartenance à des secteurs artistiques distincts (lecture publique, spectacle vivant, conservation et animation du patrimoine, arts plastiques, audiovisuel, édition littéraire et phonographique…) que par l’histoire des structures considérées, et plus particulièrement l’origine – publique ou privée – de leur création »[1].  En tant que filière de l’industrie culturelle, elles sont des unités de production et de commercialisation de biens portant la marque symbolique, esthétique et identificatrice d’une culture et ayant une valeur marchande. Moteurs des échanges de biens et de services culturels, ainsi que de capitaux, les entreprises culturelles contribuent au développement de l’économie nationale.

En prenant part active à la croissance économique intérieure d’une nation, elles apportent une valeur ajoutée dans la valorisation des richesses, dans la création d’emplois et le développement humain. Le rôle qu’elles jouent dans l’appropriation et la valorisation des richesses est capital : il détermine l’intérêt économique donné à la créativité artistique et culturelle. Avec la mondialisation galopante [2]et les développements sociaux, culturels et technologiques qu’elle entraîne, on assiste à une intensification de notre consommation de produits culturels : l’œuvre artistique est devenue commerciale, et sa diffusion obéit à des logiques inspirées du secteur privé. De nombreuses transformations sont à l’œuvre au sein des industries de la culture[3], favorisant ainsi des échanges de biens, de services et de capitaux.

Cependant, alors que ce secteur est au cœur de la dynamique de développement dans bien d’autres pays, au Cameroun, la filière demeure négligée, non structurée et (presque) à la périphérie des politiques publiques. L’aspect économique du secteur culturel n’y a pas été pris en compte à sa juste valeur. Pour certains, le rôle de la culture consiste seulement à « éclairer » le public ou à le divertir. Son apport économique n’est pas considéré comme un élément important. D’où le déficit de données concernant l’activité et les performances des industries culturelles. Or il est important que le secteur se dote de statistiques claires, visant à prouver au politique sa contribution au développement national. Malgré la reconnaissance de son utilité, les données quantifiables sur l’impact des industries culturelles africaines sont rares, voire inexistante dans certaines filières comme l’artisanat. Il s’agit pourtant d’un « secteur dont les retombées sont palpables et impactent directement les populations », nous rappelle Nadia Nkwaya, chargée de recherche à Arterial Network.

D’après Vounda Etoa, directeur des Editions Clé, « la plupart des entreprises culturelles qui existent au Cameroun fonctionnent sur une base familiale alors que l’on devrait passer à une gestion standardisée. Il faut une administration rigoureuse avec une gestion toute aussi pointue. » En effet, le marché des biens et services culturels est loin d’être structuré sur le territoire camerounais. Des initiatives individuelles émergent çà et là, mais l’industrialisation de la filière des arts et de la culture n’est pas encore effective.

Les activités et projets culturels développés sont sporadiques et n’ont pas toujours d’émanation sociale pour asseoir leur renommée. Or pour dynamiser cette filière, il faut que des activités soient organisées en continu tout au long de l’année. Ce n’est qu’après huit ans que fut organisé, en avril 2016, la 2ème assise sur les entreprises culturelles et industries créatives au Cameroun afin de préparer l’élaboration et la mise en place d’une politique incitative pour mieux structurer le secteur – la première avait eu lieu en 2008. Pour y parvenir, nous proposons deux pistes : l’une éducationnelle et l’autre structurelle.

 Le premier enjeu est lié à l’éducation artistique et culturelle.

Il s’agit d’enseigner la culture camerounaise et africaines aux enfants dès le bas âge, afin qu’ils puissent acquérir ou développer des connaissances artistiques ou culturelles. En effet, le marché des arts et de la culture ne sera jamais durable si la population, principale clientèle des biens et services culturels, n’est pas à même de disposer des codes esthétiques minimum pour reconnaître et apprécier la valeur des productions artistiques et culturelles. Cependant, éduquer ne suffit point, il faut également réglementer et encadrer la filière. Cela permettra de veiller à ce que la logique commerciale ne prenne pas le dessus sur la logique culturelle au risque de la banaliser, d’appauvrir le contenu  des produits culturels et même d’influencer le goût des consommateurs à des fins de contrôles économiques ou idéologiques.

Car cela ôterait à l’usager tout sens de critique constructive pour ne faire de lui qu’un consommateur « avide de nouveautés ». Dans ce cas, il pourrait donner la préférence à la médiocrité agréable plutôt qu’au plan réellement créateur. C’est ce qu’on observe lorsqu’on voit la majorité de la population s’extasier devant des productions culturels de faible qualité[4]. Sans éducation artistico-culturelle, il sera très difficile pour un jeune de décrypter et de savourer à sa juste valeur des artistes « talentueux » comme Charlotte Dipanda, Richard Bona, Manu Dibango ou Blick Bassy… Quand notre champ de connaissance musical, théâtral, cinématographique… est pauvre, il est très difficile de savoir et de pouvoir reconnaître des biens culturels de qualité.

Ce rôle d’éducation artistique et culturelle incombe premièrement au ministère de la culture et des Arts. Il se doit d’élaborer et de veiller à l’implémentation effective de politiques culturelles décentralisées au niveau de chaque communauté, en passant évidemment par le système éducatif. Par exemple, des activités culturelles doivent être organisées au sein des établissements scolaires, des partenariats de coopération entre les entrepreneurs culturels et les institutions éducatives doivent être réalisés, les institutions muséales doivent davantage marketer la culture auprès de cette cible qu’est l’enfance à travers des visites guidées gratuites (et obligatoire) pour tous les établissements du primaire au secondaire afin d’inculquer en eux les valeurs de la diversité culturelle, etc.

Le second enjeu est symbolique.

C’est le rôle de l’Etat de promouvoir tous les secteurs culturels (musique, cinéma, théâtre, gastronomie, spectacle vivant, mode etc.) car au-delà de la richesse économique, ils sont porteurs de richesses symboliques qui façonnent l’imaginaire des peuples et la pensée individuelle. Alice Ellenbogen [5] nous rappelait déjà que la puissance d’une Nation est davantage culturelle que politique. Autrement dit, la puissance culturelle précède la puissance politique et économique. C’est aussi la position de SENGHOR (Senghor, 1964) quand il affirme : « l’impérialisme culturel, nous l’oublions trop souvent est la forme la plus dangereuse du colonialisme : il obscurcit la conscience.[6] » Il n’y a pas de puissance émergente qui n’ait pas utilisé la culture pour imposer son savoir-faire et son génie dans le monde.

Toujours dans ce cadre, les institutions comme le ministère des Arts et de la Culture, le ministère du Tourisme, le ministère de l’Enseignement Supérieur, le ministère des Relations Extérieurs, le ministère de la Communication etc. ont un volet de soutien à la culture et doivent désormais identifier les initiatives des jeunes afin de les soutenir. Ils doivent organiser des manifestations culturelles régulièrement.

On pourrait instaurer le mois national du tourisme pour permettre aux Camerounais du Centre d’aller vers le Nord ou du Sud vers l’Ouest et vice versa. Au-delà de la mobilité nationale, on doit également promouvoir le tourisme sous-régional avec le Congo, la Centrafrique, le Gabon, le Nigeria… Le Cameroun représente l’Afrique en miniature et regorge donc d’une diversité impressionnante et nous devons nous appuyer sur ce levier.

Enfin, la question du développement des entreprises des industries culturelles et créatives s’est intégrée dans la réflexion des acteurs culturels, dans plusieurs pays africains, en vue d’une appropriation des normes les caractérisant. Ce discours mérite une clarification, dans un environnement qui fusionne le formel et l’informel dans la création de richesses. Les entreprises des industries culturelles se présentent en effet comme les outils de création de richesses économique au Cameroun. Car elles permettent d’accroître la capacité de créer et de faire circuler le capital intellectuel économique et symbolique, tout en favorisant l’inclusion sociale, la diversité culturelle et le développement humain.

 

[1] Jean-Philippe DURAND, Le marketing des activités et des entreprises culturelles, Lyon, Agec-Juris Services, 1991

[2] Saliou Ndour, « Le développement des industries culturelles: une exigence de l’Afrique dans le contexte de la mondialisation », 2008.

[3] Philippe Bouquillion, « Incidences des mutations des industries de la culture et de la communication sur les contenus informationnels », Cahiers du Journalisme, vol. 20, 2009, p. 44–63, p. 44.

[4] Nous préférons éviter de citer des titres ou des exemples car la qualité d’une œuvre est aussi subjective.

[5] Alice Ellenbogen, Francophonie et indépendance culturelle : des contradictions à résoudre, Editions L’Harmattan, 2006.

[6] Léopold Sédar Senghor, « De la liberté de l’âme ou éloge du métissage », ders.: Liberté I. Négritude et humanisme, Paris, 1964, p. 98–103.


Les superhéros africains peuvent-ils rivalisés avec ceux des grands studios étrangers ?

Est-il possible de mettre un terme à l’hégémonie de Batman, Superman ou Spider Man sur l’imaginaire africain ?

Est-il possible que Guardian Prime, le Superman africain, protecteur du genre humain, crée en 2013 par Jide Martins de Comic Republic, puisse rivaliser aux Quatre Fantastiques, Spider-Man, Hulk, Iron Man ou encore les X-Men crées dans les années 60 par Stan Lee et Jack Kirby de Marvel Comics?

Guardian-Prime - African superhero by Comic Republic @ Anime Complexium
Guardian-Prime – African superhero by Comic Republic @ Anime Complexium

Kweti, le premier Super-héros africain publié en 2014 par Loyiso Mkize, peut-il rivaliser avec Batman de Marvel Comics ?

A ces questions rhétoriques, je réponds OUI ! Comme je l’ai souligné dans un précédent post, il s’agit davantage d’un enjeu symbolique qu’économique. La perception que l’on a du monde influence considérablement notre représentation au monde. Ce qu’on pense définit ce qu’on est et dans une large mesure ce qu’on a. En effet, l’imaginaire est un facteur déterminant pour booster l’action. Or la bande dessinée ou le cinéma d’animation a cette capacité, à travers les superhéros qu’elle peint, d’insuffler la confiance en soi et la fierté d’être africains à chacun de nos enfants.

Ces derniers ne se verront plus seulement comme des vaincus, des rescapés, des malnutris, des naufragés mais se verront comme des conquérants, des sauveurs, des bienfaiteurs, des personnes capables d’impacter positivement le monde. Et c’est là que ça change tout. Parce qu’à partir du moment où on a confiance en soi, on est capable n’importe quoi. Quand on est capable de rêver grand et bien, l’impossible devient possible. Si vous croyez que vous pouvez faire quelque chose, alors c’est possible. La seule limite existante est celle que vous vous mettez.

« Nous devons d’abord faire en sorte de changer le regard misérabiliste que beaucoup portent souvent sur nos pays» , observe à cet effet le dessinateur nigérian Roye Okupe, cofondateur de YouNeek Studios.

Superhéros© YouNeek Studios @Ngnaoussi Elongue
Collection de superhéros africains du Studio Youneek © YouNeek Studios

Dans les années à venir, Jide Martins espère voir le nom Comic Republic devenir une référence aux cotés de nom comme DC et Marvel. Et aussi que les enfants, dans leur jeu ou moment de doute, pourront dire : « Que ferait Ananse ? Guardian Prime ? Kwesi ?..

Mais pour y parvenir, il est important de lever certains freins et obstacles au développement de la bande dessinée sur le continent.

Le 9ème art africain est un art reconnu

En tant que langage, la BD africaine entretient un rapport avec les médias. D’une part, les quotidiens, hebdo et magazine (presse écrite) demeurent le principal lieu d’éclosion des artistes. Beaucoup de dessinateurs y ont  publié  leurs  premières  planches  et d’autres y ont commencé comme caricaturistes. C’est le cas par exemple de Joël  Ebouémé  Bognomo,  caricaturiste et illustrateur jeunesse,  actuellement  chargé  des  expositions  au  sein  de  l’ONG  Irondel, une association qui lança depuis 1999 la première édition du festival de caricatures et de l’Humour de Yaoundé.

D’autre part, la  BD  est  à  comprendre  aussi comme média au service de la société. La BD remplit les trois fonctions traditionnelles des médias : informer, former et divertir ses lecteurs. Elle explique parfois aux lecteurs ce  qui se passe dans leur société et éduque en leur montrant ce qu’il ne faut pas faire ou les  attitudes  à  adopter. C’est le cas par exemple du magazine 100% Jeune qui a eu un très grand impact dans les campagnes nationales de sensibilisation contre le VIH SIDA auprès de la jeunesse camerounaise.

…mais un média méconnu

Cependant, la BD africaine est un média méconnu parce que confrontée à de multiples difficultés qui freinent son développement et surtout son éclosion en tant que média à part entière. Il s’agit, entre autres, du manque de formation des artistes, du manque de maisons d’édition spécialisées, de l’insuffisance des circuits de diffusion et de distribution, de l’absence de structure de promotion du livre en tant que produit de consommation et de diffusion de la culture.

Un autre phénomène très important qui endigue la reconnaissance de la BD africaine et sa croissance concurrentielle à l’endroit de Marvel ou DC Comics, est sans aucun doute l’omnipotence de la « lecture utile » au détriment de la « lecture plaisir ». Les gens ne lisent que par nécessité ou contrainte dans un cadre scolaire. Si un jeune n’a pas de devoir ou d’exercice littéraire dans une œuvre, il est rare de le voir lire. Or la lecture plaisir, surtout celle de la littérature jeunesse, est nécessaire au développement de la personnalité et à la réussite scolaire.

De ce fait, la bande dessinée reste assimilée à la littérature enfantine. Pourtant c’est un véritable paradoxe puisque l’essentiel de la production est plutôt orienté vers les adultes. Il est donc très rare de voir un adulte lisant un album, si ce n’est dans les milieux aisés et urbains. Les raisons en sont culturelles (un adulte ne lit pas de la « littérature pour enfants ») et financières (les albums de bande dessinée coûtent très cher).

First Fin_Leti Arts
First Fin© With the courtesy of Leti Arts

Il est donc important de soutenir la création artistique et culturelle et de mieux structurer le marché des biens symboliques sur le continent afin que les artistes puissent vivre dignement de leur travail. Pour se financer, la startup nigériane Comic Republic met en œuvre des projets parallèles avec diverses organisations. Leti Arts quant à elle survit grâce à des jeux mobiles publicitaires ou à des études de marché commandités par des organismes travaillant dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la culture ou des droits de l’homme, car ils sont conscients de l’importance que les jeunes attachent à la bande dessinée et au jeu.

Les acteurs de la filière se doivent de développer rapidement des produits dérivés de ces BD et de sortir du périmètre afro-africain pour s’étendre au reste du monde. Pour s’imposer, ils ne devront pas se limiter à créer des personnages africains pour les Africains, à conter des aventures qui risqueraient d’être perçues comme folkloriques. C’est une étape importante pour pérenniser et accroitre la vitalité du 9ème art sur le continent africain.


Quand la bande dessinée kidnappe l’imaginaire des enfants africains

Quand la littérature jeunesse prend en otage l’imaginaire…

Dans le cadre de la préparation de la fête nationale du Ghana (6 mars) et de la journée internationale des droits des femmes, une école privée internationale d’Accra a organisé une série d’activité scolaire où les élèves ont été amenés à participer à des concours de chants, de danse, de récit et de théâtre. A l’exception de la danse qui avait une coloration légèrement locale avec de l’Azonto, le reste des activités étaient fortement marqué par le sceau de l’influence étrangère. Lors de la représentation théâtrale, les enfants présentèrent le classique combat entre le « Gentil » et le « Méchant » représenté ici par Superman, Spider Man et Sangoku (Dragon Ball Z) contre Dracula, Magneto (X-Men) et Lex Luthor (Superman).

Pendant les activités, un enfant n’était pas très joyeux car ses parents n’avaient pu lui trouver le costume de T’Challa. Il voulait pourtant jouer le rôle de la Panthère Noire, le super-héros 100 % africain de Marvel. Et en parcourant furtivement la bibliothèque scolaire de cette école, je constatais qu’environ 70% du catalogue était constitué de livres jeunesses d’auteurs américains, anglais, canadiens, belges et français. La littérature enfantine locale y était noyée, à peine visible dans les rayons. Si on vous y transportait sans vous dire dans quel pays vous êtes, vous vous croiriez dans la bibliothèque scolaire d’une cité européenne ou asiatique.

Seulement quelques jours plus tard, j’assistais à une cérémonie de remise des prix d’un concours littéraire organisé à l’occasion de la Semaine de la Francophonie. La première lauréate, Yaa Laudina, une élève de 8 ans, a écrit un merveilleux récit sur Blanche Neige et les sept nains. Le second prix a été décerné à Kofi Barko, un petit garçon dont le texte reprenait les aventures de Robin des Bois ! Ces héros, ils ne les ont jamais vus autre part que dans les livres, au cinéma ou dans les dessins animés (animation).

Comment une jeune fille de 8 ans peut-elle décrire les aventures et l’environnement de Blanche Neige alors qu’il n’a jamais neigé au Ghana et qu’elle n’a jamais vu de ses yeux même l’ombre ou le fantôme d’un grain de neige ? Comment de jeunes enfants peuvent-ils se bagarrer avec des interjections chinoises : Watchaïi ! Hiyyaaa ! Wouss wouss ! Adou Get ! ou faire des jeux avec des poupées « Barbie » ?

Ces enfants Ghanéens ne sont que des exemples parmi des millions d’autres enfants, jeunes adolescents et adultes dont l’imaginaire a été longuement formaté, corrompu, virusé et pris en otage par les arts créatifs et la culture étrangère. Moi-même, je suis un fan calé-serré des aventures pirates de One Piece avec Luffy et son équipage (Zoro, Sanji, Nami, Chopper, Brook, Robin, Franky, …). Inconsciemment, ces héros de bandes dessinées, de comics, de cinéma… s’ancrent dans notre conscience. On s’identifie à eux et ils parviennent ainsi à coloniser notre imaginaire alors qu’ils n’ont parfois rien à voir avec nos réalités quotidiennes, nos mœurs, nos traditions et pratiques quotidiennes.

De l’importance pour nos enfants de s’identifier à des héros africains

Des générations d’africains ainsi grandi sans pouvoir s’identifier ou se reconnaitre dans un super-héros africains. Mais avec la révolution numérique et technologique, les choses bougent et évoluent. Des artistes et créateurs africains frustrés par ces expériences sont désormais passés à l’action et créent de plus en plus de contenus qui s’inspirent de la tradition et culture africaine. L’émergence d’un univers de super-héros africains apparaît aussi comme une nouvelle étape dans la revitalisation de l’imaginaire et le mouvement pour l’affirmation, par les Africains, de leurs cultures. Un préliminaire pour booster l’action.

Ananse:The origin @Leti Arts Afropolitanis
Ananse:The origin @Leti Arts

La bande-dessinée et le cinéma d’animation ont cette capacité, à travers les héros qu’ils peignent, d’insuffler la confiance en soi et la fierté d’être africains à chacun de nos enfants. Ces derniers ne se verront plus seulement comme des vaincus, des rescapés, des malnutris, des naufragés, mais ils s’imagineront conquérants, sauveurs, bienfaiteurs, des personnes capables d’impacter positivement le monde. Et c’est là que ça change tout. Parce qu’à partir du moment où on a confiance en soi, on est capable de n’importe quoi. Quand on est capable de rêver grand et bien, l’impossible devient possible. Si vous croyez que vous pouvez faire quelque chose, alors c’est possible, la seule limite existante est celle que vous vous mettez.

Leur faire découvrir les héros de BD made in Africa et leurs créateurs.

Contrairement à la Tornade de la série X-Men de Marvel, et à T’Challa dans Panthère noire, qui sont tous deux originaires du pays imaginaire de Wakanda en Afrique, les personnages de Eyram Tawiah, Olivier Madiba, Barly Baruti, Elyons… sont d’authentiques Africains nés et élevés sur le continent. Plus besoin de s’identifier à des ninjas, des ogres, des chaperons rouges, des dragons, des elfes car selon Hilaire Mbiye Lumbala, la BD africaine est un art reconnu qui possède elle aussi ses propres héros. Nous pouvons mentionner par exemple Yirmoaga au Burkina Faso ; Zoba Moke au Congo Brazzaville, Mata-Mata et Pili-Pili, Apolossa au Congo démocratique ; Dago, Monsieur Zézé et Cauphy Gombo en Côte-d’Ivoire ; Bibeng et Tita Abessolo au Gabon ; Tékoué en République centrafricaine ; Boy Melakh et Goorgoolou au Sénégal, etc.

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Aurion: Legacy of the Kori-Odan_La BD @ Kiroo Games

Plus récemment, citons Olivier Madiba de Kiroo Games dont le jeu vidéo Aurion a été adapté en bande dessinéegrâce à l’illustrateur et dessinateur Georges Pondy. Il est désormais disponible ici. Eyram Tawiah, avec son application mobile Afrocomix, vous donne accès à des contenus africains (BD, fonds d’écrans, courtes animations…) inspirés des récits et de la culture africaine et destiné au public africain, à la diaspora et à toute personne ayant soif de contenus originaux et authentiques sur l’Afrique.

Au delà de ces contenus digitaux, vous pourriez également emmener vos enfants à des événements où ils pourront rencontrer les créateurs de ces univers fantastiques. Cela renforcera le lien affectif qu’ils entretiennent avec ces héros de bandes dessinées. Je pense par exemple au Festival Mboa BD au Cameroun, au Salon de la bande dessinée de Kinshasa, au Festival Coco bulles d’Abidjan, le Salon de la bande dessinée de Bamako, Îl’en bulles de Port Louis (Île Maurice), Gazy bulles de Tananarive (Madagascar), les festivals de Tétouan, au Maroc, et Tazarka (12 éditions), en Tunisie. Et enfin et surtout le Festival international de bande dessinée d’Alger qui propose un plateau important d’auteurs européens et africains.

De nos jours, plusieurs associations de dessinateurs œuvrent sur le continent. On peut citer au Mali, le Centre de la bande dessinée de Bamako qui regroupe au sein d’une même structure tous les dessinateurs professionnels du pays ; à Kinshasa, Kin Label qui édite un journal du même nom. Enfin, on peut également citer l’association L’Afrique dessinée ou AfriBD, qui regroupent des dessinateurs africains évoluant en Europe et qui interviennent régulièrement sur le continent.

Voilà j’espère que cet article vous aura sensibilisé davantage sur l’importance d’acheter, d’offrir ou de faire lire des bandes dessinées ou livres jeunesse africains à vos enfants ou même ceux du voisin 🙂 . Si vous le faites déjà en tant que parent, prière de partager votre expérience en commentaire. Si vos parents l’ont fait pour vous, dites nous comment cela vous a influencé. A bientôt !


A la découverte d’Afrocomix, application mobile avec des BD et animations made in Africa

Êtes vous capable de me citer le nom de cinq super-héros africains ? Êtes-vous capable de me citer le nom de cinq super-héros étrangers ? Si vous répondez non à la première question et oui à la seconde, vous devez absolument lire ce billet jusqu’à la fin.

Même si j’adore Black Panther, super-héros de Marvel, n’oublions pas qu’il vient d’un pays africain imaginaire : le Wakanda. Afrocomix vous présente des bandes dessinées, animations et papiers peints et histoires avec des super-héros nés et évoluant en Afrique.

C’est même quoi Afrocomix ?

Afrocomix est une application mobile développée par Leti Arts, qui vous donne accès à des contenus africains (BD, fonds d’écrans, courtes animations…) inspirés des récits et de la culture africaine (Cameroun, Ghana, Kenya, Egypte, Sénégal, Afrique du Sud, Zimbabwe…) et destinés au public africain, à la diaspora et à toute personne ayant soif de contenus originaux et authentiques sur l’Afrique. L’ambition d’Afrocomix est d’être la plateforme mobile incontournable pour l’accès aux contenus de BD et fonds d’écran authentiques en Afrique.

Papier Peint © Leti Arts @ Ngnaoussi Elongue
Quelques papiers peints © Leti Arts

Les papiers peints peuvent être téléchargés et ajoutés comme fonds d’écran dans vos téléphones ou partagés sur les réseaux sociaux. Cette plateforme est le fruit de la collaboration entre le studio Leti Arts et d’autres studios africains (Kola Studio, Etascope Studios, Epoch Studios, Meteor Comics Media, Organized Khaos et Venus  Bambisa). C’est une très belle initiative qui m’a immédiatement séduit par sa dimension fédératrice et son importance symbolique.

Sa dimension collaborative dans la fédération des créateurs

La faible coopération intra-africaine a longtemps été à l’origine de l’échec de nombreux projets innovants sur le continent. En s’associant avec d’autres créateurs pour travailler main dans la main, Eyram Tawiah, CEO de Leti Arts, fait preuve d’une vision stratégique importante, surtout pour une filière des industries créatives où les créateurs, malgré les efforts remarquables qu’ils produisent, génèrent peu d’impact parce qu’évoluant ou travaillant seul. L’impact fragmenté devient compact et intact lorsqu’on travaille avec tact.

Il est ainsi possible pour tout créateur ou illustrateur de bandes dessinées africaines, free-lance ou en studio, de soumettre son contenu à Leti Arts (publish@letiarts.com) afin qu’il puisse être distribué sur la plateforme et mis à la disposition de la communauté déjà grandissante. Ce dernier recevra des rapports hebdomadaires et les revenus sur son contenu dans l’application Afrocomix.

La dimension symbolique d’Afrocomix et son influence sur l’imaginaire africain

Afrocomix est d’une importance symbolique capitale parce que cela ravive et revitalise l’imaginaire des enfants et adultes africains. A la suite de Black Panther, Afrocomix vous offre une escouade de super-héros noirs nés et restés sur le continent appelés Africa’s Legends.

 Superhéros noirs appelés Africa’s Legends © Leti Arts Ngnaoussi Elongue
Super-héros noirs appelés Africa’s Legends © Leti Arts

L’excellente réception du film Black Panther est une preuve suffisante qui prouve que le monde est prêt voire impatient à découvrir un autre visage de l’Afrique, loin des récits de misère et de conflits véhiculés par les médias. Ainsi des films comme Blood Diamond, Congo et Black Hawk Down dépeignent une Afrique déchirée par la guerre et diffusent des stéréotypes comme si l’Afrique n’était qu’un grand pays, alors que nous sommes le deuxième plus grand et plus peuplé continent au monde.

A travers Afrocomix, « nous rêvons que nos histoires, qu’il s’agisse de jeux ou de bandes dessinées, continuent d’influencer la perception globale du continent » déclare à ce propos le promoteur Eyram Tawiah, enseignant à Melt Entrepreneurial School of Technology, et afropolitain engagé pour le développement endogène de l’Afrique. Il encourage les africains à continuer d’écrire, de dessiner et de créer des histoires inspirantes pour célébrer l’Afrique et inspirer la jeunesse africaine et le monde.

« Il est important de montrer à l’Afrique et au monde ce que les Africains sont capables de faire […] Il faut aussi montrer que rien n’est impossible », expliquait à Jeune Afrique le dessinateur Jide Martin, fondateur de la start-up nigériane Comic Republic, qui s’est donner pour mission de créer des super-héros capables de rivaliser avec Iron Man, Batman et Spider-Man. C’est aussi le cas d’Olivier Madiba de Kiroo Games qui a récemment réalisé la bande dessinée tirée du célèbre jeu vidéo RPG Aurion. Elle est disponible gratuitement ici.

Afrocomix, une application au service de l’éducation  

On connaît les dieux grecs comme Zeus, Athena… mais personne n’a encore entendu parler de Shango, le dieu de la foudre chez les Yorubas ou d’Ananse, le Dieu de la Sagesse au Ghana

Ananse © Leti Arts @Afrocomix
Ananse, considéré comme le Dieu de la sagesse dans les récits d’Afrique de l’Ouest © Leti Arts

En Afrique, la BD est « un médium pour toutes les couches de la population, y compris pour celles qui n’ont pas la culture de la lecture ou qui n’ont pas la télé »[1]. En tant que média éducatif, Afrocomix a donc une portée pédagogique pour sensibiliser et vulgariser. Sans prétendre à l’exhaustivité, les thèmes suivants sont développés : la lutte contre le Sida, l’excision  ou la toxicomanie ; les personnages historiques ; l’immigration, la corruption et les problèmes liés à l’environnement et à l’urbanisme.

Ce serait agréable de rencontrer un jeune petit français ou belge en train d’imiter nos héros, nos interjections. Et qu’on ait davantage de T’challa, de Shuri, de Blade, de super-héros africains. Et pourquoi pas réaliser des BD sur des leaders africains comme Thomas Sankara, Kwame Nkrumah, Mouammar Kadhafi, Robert Mugabé, Nelson Mandela… A travers le pouvoir de l’art sur l’imaginaire de la création et l’action,  je crois que le Wakanda est appelé à devenir une réalité. Afrocomix s’inscrit dans cette vision.

Il est donc très important que cette application puisse être diffusée ou distribuée au maximum de jeunes possible. Que chacun puisse la télécharger et découvrir les récits illustrés d’Afrique, de même que les papiers peints de créateurs africains. Je t’invite donc à passer la nouvelle autour de toi. Nous savons combien cette plateforme est importante pour la construction d’une mentalité de gagnant en nous. Après Black Panther, la révolution culturelle et artistique sur le continent est en marche. Joins le mouvement ! Faisons la promotion de nos produits au monde ! Donnons l’envie aux autres de découvrir nos histoires, nos héros, nos coutumes, nos valeurs, nos humeurs, nos cris, nos bruits, nos senteurs, nos odeurs, notre langage… à travers les arts et la culture.

Que peux-tu faire pour participer au mouvement Afrocomix ?

Afrocomix Download © Leti Arts

Déjà aux Etats-Unis et à travers 51 pays à travers le monde, une gigantesque campagne de crowdfunding, le #BlackPantherChallenge, a été lancée pour permettre à des millions d’enfants africains ou afro-américains d’aller voir Black Panther au Cinéma. Tous les enfants ont le droit de rêver et de croire qu’ils ont le pouvoir de sauver le monde.

Leti Arts n’a point démarré de campagne de financement participatif. Mais je pense qu’on peut contribuer à promouvoir cette initiative de différentes manières :

  • Partager le présent billet sur les réseaux sociaux. Même si tu n’es pas intéressé, il y a surement des personnes autour de toi qui seraient ravies de télécharger Afrocomix pour y lire des BD.
  • Ecrire un autre billet sur Afrocomix à partir de ta propre expérience puis le partager sur un blog ou sur les réseaux sociaux.
  • Depuis l’application, partager les dessins ou fonds d’écrans. En partageant, vous débloquerez de nouveaux contenus et cela encouragera les autres à en faire autant. En ajoutant les hashtag : #Afrocomix, #letiarts, #Africalegends #AfricanSuperheroes on pourra récupérer votre post et le partager sur le mur Facebook de Leti Arts.
  • Parler de l’application à votre frère, sœur, ami ou toute personne autour de vous. Ce n’est pas aux autres de faire la publicité pour nous. Apprenons à valoriser et encourager nos créateurs.
  • Laissant une critique sur le Google Play Store afin de permettre l’amélioration de l’application.

Vous pouvez télécharger l’application Afrocomix ici : https://play.google.com/store/apps/details?id=com.letiarts.afrocomix&hl=en

Abonnez-vous à leur site web et réseaux sociaux (FacebookTwitter et Instagram) pour ne rater aucune mise à jour.

Pour découvrir l’univers Afrocomix, je vous ai sélectionné quelques papiers peints et extraits de BD, parmi les plus populaires auprès des lecteurs.

[1] « La BD peut être un grand médium pour toutes les couches sociales », Africultures, n° 32, 2000, p. 27


Entretien métaphysique avec la langue française

Ce texte a été rédigé dans le cadre du Concours littéraire « Ma Parole » organisé par l’Ambassade de France au Ghana à l’endroit du public francophone dans le cadre de la Semaine de la Francophonie 2018 sous le thème « Le français en Afrique : langue du passé, du présent ou de l’avenir ? ». Ce concours d’écriture s’inscrit dans le projet de coopération culturelle internationale « Dialogues artistiques transatlantiques Caraïbe(s) – Afrique(s) » porté par l’Institut Français du Ghana et la Délégation Générale de l’Alliance française au Ghana avec le soutien des collectivités et des services de l’État de Martinique et de Guadeloupe. Le présent texte fut lauréat du 2nd Prix de la Catégorie Grand Public. Ce récit est une œuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ne saurait être que fortuite. Bonne lecture ! 

Prologue

  • « Murielle, réveille-toi ! Il est déjà 7h34 min et tu ne t’es même pas levé pour te préparer pour l’école ! » entendis-je dans ma torpeur, à moitié endormie et éveillée. « Bien que diffuse, j’étais presque certaine que la voix provenait de l’autre côté de la cloison, de la chambre de maman. Voilà bientôt 18 ans que j’endurais ce refrain rocailleux à mon réveil. Dès qu’elle ouvrait les yeux, le premier nom qui sortait de sa bouche était le mien. Voilà bientôt 18 ans qu’elle avait ainsi court-circuité mes rêves. »

Mais ce matin, elle essaya de rattraper son rêve, cette fois très beau, puisqu’elle était dans la peau de Ororo, épouse de T’challa, roi du Wakanda. Elle feint donc n’avoir pas entendu la voix de sa mère, à la recherche du rêve perdu. Après une dizaine de minutes, en vain, elle abandonna. Puis, elle prit son bain, récupéra son pain et se rendit à l’école. Elle était en classe de terminale.

Murielle était une grande rêveuse. Elle tenait cela de son père, qui était un conteur professionnel. Petite, elle l’accompagnait dans sa tournée de la région. Elle aussi aimait rêver et raconter des histoires. Elle ne s’en privait pas, et ce depuis qu’il l’avait prématurément quittée. Il lui suffisait d’une anecdote ou d’une image pour laisser libre cours à son imagination et à sa fantaisie. Avec les rêves, elle pouvait contrôler sa réalité, créant de toutes pièces un monde à part aussi merveilleux qu’insaisissable. Ce jour-là, c’était un 21 janvier, son enseignante acheva un cours sur la Francophonie. Comme exercice, elle leur demanda d’imaginer des actions qui pourraient dynamiser la langue française en Afrique.

Murielle prit une feuille blanche, qu’elle posa devant elle puis se mit à la fixer. En observant son regard fixe, intense, presque exorcisant, on aurait pensé qu’elle y lisait des lignes invisibles. Perdue dans ses pensées, Murielle essayait tout simplement de penser la langue française non plus comme objet de discours mais comme sujet. Si cette langue avait une voix, que dirait-elle ? Lui demande-t-on souvent son avis sur les questions la concernant ?

Alors qu’elle était perdue dans les méandres pittoresques de son esprit, elle glissa subrepticement dans le sommeil.

Une conversation avec l’au-delà

Lorsqu’elle ouvrit les yeux, le temps d’un clin d’œil, elle se trouva dans un studio radio, un casque microphone aux oreilles. En face d’elle, une dame très raffinée, qui semblait attendre une action de sa part. Elle lut « Mme Lingua Franca » sur son chemisier et comprit qu’il était temps de passer à l’action. Elle se lança, se laissant guider par la magie de l’instant présent :

« Salut à tous et bienvenue sur les ondes de la Radio Gallotopia FM, la chaine ou vos rêves deviennent réalité. Aujourd’hui nous irons à la rencontre d’une invitée tout à fait célèbre qui nous fait l’honneur d’être présente sur notre plateau aujourd’hui.

Mme LF…, pourriez-vous vous présenter à nos auditeurs ?

Je suis LF…, fille de Gregorius Stapounislos et de Latina Sylva. Je suis née aux alentours de 842. Mes parents sont très âgés aujourd’hui mais demeurent néanmoins importants. Mon enfance a été assez difficile car je n’avais pas de véritable repère identitaire. En effet, je n’étais pas le seul enfant à mes parents et en tant que fille, j’ai dû batailler davantage pour me faire respecter et gagner ma place auprès du soleil. Aujourd’hui, j’ai été bénie par Dieu et j’ai près de 275 millions d’enfants répartis aux quatre coins du monde mais majoritairement à Afritopia[1]. Je suis une racleuse[2], j’aime les voyages, l’Art et me faire de nouveaux amis.

Quel parcours édifiant. Si mes calculs sont bons, vous devez donc porter plusieurs siècles sur vos épaules ?

Hum ! (Elle rougit !) Oui c’est approximativement ça. Mais n’allez surtout pas penser que je suis une mémé rouillée et inutile. Bien que je sois légèrement vieille, je garde toute mon énergie, ma prestance et prend du wiski[3] de temps à autres. Ma mémoire est fidèle comme celle d’un chien. Et ne dit-on pas souvent que « seules les vieilles marmites savent faire de bonnes sauces… ». Dans l’œil du vieillard se trouve le chemin de la vie.

Avec une mémoire fidèle comme le porc l’est à la saleté, quels sont donc vos souvenirs d’enfance qui vous ont marqué ?

Il est assez difficile de répondre à cette question. Voyez-vous, mon adolescence et ma jeunesse n’ont pas été différentes de mon enfance : elles furent plus mouvementées et épicées. La vie nous réserve toujours des surprises, en mal comme en bien, c’est pourquoi elle mérite d’être vécue. Pour accompagner ma croissance et m’empêcher d’être « corrompue », mes parents m’ont confié à un tuteur, Robert Richelieu. J’étais assez bouillonnante, aussi ne pouvait-il pas assurer ma garde à lui tout seul et m’a donc entourée d’une pléiade d’écrivains et de poètes qui se sont chargés de mon éducation, ma protection et de ma défense. Comme toutes les filles de mon âge, j’ai connu quelques crises d’adolescence. Mais ils ont toujours été là pour me réconforter et me redonner confiance en moi.

Vous avez donc reçu une éducation classique et rigoureuse. En quoi cela a-t-il influencé vos choix dans la vie ? Qu’en est-il de votre éducation sentimentale ?

Lorsque je fus suffisamment instruite, j’acquis la liberté de m’autoriser des randonnées individuelles. C’est à cette période que j’ai commencé à flirter avec mes premiers amants. Le premier s’appelait Ouellet Tremblay. Il aimait les gens et leur rendait service à chaque fois qu’il pouvait. Il m’a comblée et aujourd’hui, nous constituons une famille de 7 274 090 personnes, soit 22 % de la population du Qanada. Mais de toutes mes relations, la plus belle des expériences que j’aie eu fut avec deux hommes virils et machos qui avaient connu la guerre, l’amour et la violence.

Le premier, Homère Césaire, était un mordu de poésie. Il ne jurait que par elle et me couvait sous des auréoles de mots si doux que je pouvais m’empêcher de jouir à leur ouïr. S’il y a une chose cependant essentielle qui le différenciait de mon autre amant Hugo Senghor, c’est sans aucun doute le style. Leur destin et éternelle complicité les accompagna outre-tombe puisqu’ils trépassèrent tous les deux à 95 ans. J’ai broyé du noir, au moment de leur mort, car ils ont beaucoup œuvré pour asseoir ma place dans l’imaginaire Afritopien.

Veuillez pardonnez mon indiscrétion, mais au regard de ces aventures, on pourrait penser que vous êtes frivole. Ou du moins que vous prenez plaisir à vous énamourer avec des étrangers.

Ne vous en faites pas, votre question est logique !  Mais comme je vous l’ai déjà indiqué, j’aime les voyages. Car ils me permettent de faire de nouvelles rencontres. Et s’il se trouve des personnes avec lesquelles mon cœur résonne, je perds la raison : ce fut le cas pour Hugo Senghor. S’il se trouve des peuples avec lesquels mon cœur entre chœur et en symbiose, je m’y pose.

C’est le cas par exemple d’Afrotopia, un lieu, une demeure où je suis arrivée par effraction mais où je suis demeurée par passion. Mais voilà c’est comme ça, je dois voyager pour vivre et je vis pour voyager. Je ne pourrai demeurer sur une terre. Je ne pourrai appartenir à un Homme. Je suis unique mais multiple. Seule mais peuplée. C’est l’essence même de ma vie. C’est ce qui donne un sens à cette vie. Si c’est de la frivolité, eh bien soit ! Pour moi, c’est de la mobilité.

Vous déclarez être en symbiose avec le peuple Afrotopien. Pourrait-on savoir comment ou pourquoi ?

J’ai connu le peuple Afritopien à travers et grâce à Hugo Senghor et Homère Césaire. Mais je dois avouer que nos rapports étaient houleux car s’inscrivant dans le cadre colonial. Le peuple était alors hostile et rebelle à ma présence. Ils ne voyaient en moi qu’une menace et je reconnais leur avoir donner toutes les raisons pour le croire. A l’époque fière, arrogante et jalouse, je désirais avoir toute l’attention et l’affection au point de cautionner la ségrégation de mes concubines afritopiennes. Là, j’ai essayé de conquérir l’amour du peuple par la violence et la coercition : tous ceux qui refusaient de m’honorer étaient sévèrement punis.

Mais j’ai fini par comprendre que la violence n’était point la solution, elle n’était que l’arme des plus faibles. Ses effets moins durables, s’effacent avec le temps. Désormais, j’ai compris que je devais faire la paix avec mes concubines afritopiennes, notamment Mme Twii Theresa au Ghana, Mme. Kiswahili Katy du Kenya, Mme. Fulfulde Falmata au Cameroun, pour ne citer que celles-ci.

Pensez-vous vraiment qu’il est possible d’avoir des rapports pacifiques et conviviaux avec vos concubines ?

Oui ! Je le pense sincèrement. Nous n’avons pas les mêmes rôles ni fonctions. Et nous sommes, d’une manière ou d’une autre, rattachées les unes aux autres. Lorsque l’une d’entre elle est menacée, je le suis également. Si elle meurt, c’est une partie de moi qui s’en va. Car au finish, nous formons un tout. Nos différences ne sont point des carences mais des richesses. Et c’est l’union de nos « univers dormants », leur symbiose, qui donne un cosmos linguistique hybride. Je suis fière aujourd’hui, non plus parce que je suis honorée d’être la plus courtisée mais parce que j’ai une paix dans l’âme, j’œuvre à mon niveau à la réussite conjugale de mes anciennes concubines en leur offrant des espaces d’expression et de création. Elles l’ont également fait pour moi, et aujourd’hui, j’ai des gendres un peu partout sur le continent.

Par exemple, lorsque j’effectue un voyage à Yaoundé, mon gendre Mboa[4] Martial me sert de guide en venant me récupérer depuis l’aéroport pour l’hôtel. Nous prenions ensuite un ben-skin[5], le seul engin capable de virguler[6] assez pour réussir à nous extirper des embouteillages éternels et asphyxiants, du chemin qui mène au restaurant « Nkondjock Délice ». Ce jour, j’y avais tchop[7] du Bongo Tchobi[8] avec une 33’’ bien glacée, une jong[9] du kwat[10]. Après avoir nang[11] jusqu’au chap, je prenais un autre vol le lendemain : direction Abidjan où je devais assister à une conférence.

Le lendemain, après avoir tergiversé et procrastiné pendant deux heures, je me décidais finalement à me rendre au marché local y acheter des souvenirs. Dans le taxi, le chauffeur me tympanisa les oreilles avec un rythme endiablé de Zouglou où je ne captais que quelques mots. Mais cette musique de Magic System l’enjaillait tellement qu’il conduisait tout en sifflotant et bougeant son corps. Le marchand de chaussures qui était…

Permettez moi de vous interrompre, Mme LF…, mais une fois de plus mais je vous avoue que je n’ai compris qu’un tiers de vos propos. Surtout à partir du moment où vous vouliez décrire vos relations pacifiques avec les langues africaines.

OH ! Je suis vraiment désolé mais je ne m’en étais pas du tout rendu compte. Mais il quasiment impossible de rendre fidèlement compte de ces réalités en employant mon lexique. Ces référents, pour la plupart, n’existent que dans ces pays-là. Ils ne gardent leur saveur que dans ce langage et le perdrait si je les traduisais. Nous sommes complémentaires et non compétitrices.  C’est donc pourquoi je disais qu’il était important pour moi d’avoir de très bonne relation avec mes concubines désormais sœurs afritopiennes…

Est-ce également le cas avec la langue anglaise Mme Lingua Anglia ? Ne pensez-vous pas que son apogée entraine votre périgée?

(Silence !) (Suivi d’un moment de silence. On voyait un léger rictus de sourire se dessiner sous ses lèvres).

Je reconnais que ma nièce de Londres, la langue de Shakespeare, est l’objet d’une attention sans précédent.  Je reconnais qu’elle s’insinue de plus en plus dans nos conversations quotidiennes, parfois même à notre insu. Mais, comme je l’ai déjà dit en évoquant mon rapport aux langues africaines, je ne considère point cela pour de l’adversité mais pour de la diversité.

Toutefois, nous sommes involontairement et inéluctablement entrainés dans une course terrifiante : celui de la compétition, sous-tendue par les ressorts capitalistes de notre société. À cette course, je ne veux et ne vais point participer. Car cela reviendrait à encourager l’émergence « d’identités meurtrières ». Le faire reviendrait à imiter ce qu’on observe dans la sphère religieuse où chaque confession est prête à tout pour capter le maximum de croyants. Jamais je ne me laisserais prendre à cet engrenage. Nous ne devons pas toujours rechercher le sommet en écrasant les autres, je ne sollicite ni l’apogée ni la périgée d’une langue sur une autre mais la « mésopogée » des langues, dans une esthétique de la relation et du divers.

Mme Lingua, à vous écouter, vous êtes bien optimiste. N’êtes-vous point entrain de sous-estimer l’épée de Damoclès qui pèse sur vous ? Ne craignez-vous pas perdre votre statut en Afrique et dans le monde ?

Je suis bien conscient de cette « menace ». Toutefois, cette épée de Damoclès ne repose pas que sur moi mais sur nous. La diversité linguistique et culturelle sont des prérequis pour l’avènement et l’établissement d’une paix durable dans le monde. De l’avenir de la langue française en Afrique dépend l’avenir des langues africaines de même que l’avenir de toutes les langues du monde. Ma bouche sera la bouche des langues qui n’ont point de bouche et ma voix celle de celles qui s’affaissent au fond du cachot du désespoir.

Pensez vous que les Français, parce qu’étant vos enfants de la première génération, devraient automatiquement assurer votre protection ?

Non ! Car on peut être français et gallophobe. Tout comme on peut être afrancophone mais francophile. C’est une question de valeurs, de représentations ou d’imaginaire. Parler une langue c’est accepter d’épouser l’imaginaire de cette langue dans un espace-temps, aussi infime soit-il. J’en appelle donc à toute ma famille répartie aux quatre coins du monde, et surtout en Afrique, à me porter dans leur cœur afin qu’en chœur avec toutes les langues du monde, nous puissions chanter un chant d’amour mutuel et de respect. Il ne s’agit point de me sauver mais de nous sauver, de vous sauver. Désormais unis, vous vivez en moi tout comme je vis en vous.

Mme. L.F… comment pourrait-on vous permettre de retrouver votre dynamisme et votre vigueur d’antan, et partant, de vous empêcher de sombrer dans le néant ?

La solution à mes nos maux réside dans le financement et la promotion du multiculturalisme sous toutes ses formes ; l’avènement d’une poétique de la relation et du divers.

Un dernier mot ?

Oui ! Juste t’indiquer que la grande question philosophique, culturelle et esthétique du XXIème siècle est celle de la mobilité, de la mutualité et de la circulation. Favoriser l’expression et l’expansion de ce triptyque, c’est contribuer à l’avènement d’une Civilisation de l’Universel.

Auteur: NGNAOUSSI ELONGUE Cédric Christian

 

[1] Pour les besoins du récit, certains noms ont été changés. Toute ressemblance, partielle ou réelle avec des référents existant n’est que pure coïncidence.

[2] Mot disparu qui signifie : une mauvais joueur de violon

[3] Un mot ayant disparu du Dictionnaire Larousse.

[4] Mboa signifie Cameroun en dialecte local.

[5] nom masculin utilisé au Cameroun pour désigner une moto-taxi.

[6] verbe utilisé au Tchad comme synonyme de bifurquer.

[7] Mot issu du Camfranglais qui désigne « manger ».

[8] Plat local camerounais fait à base de machoiron et de tomate farcie.

[9] Mot du camfranglais qui désigne « l’action de boire ».

[10] Mot du camfranglais qui désigne le « quartier ».

[11] Mot du camfranglais qui désigne l’action de « dormir »


23 erreurs à éviter lorsque vous postulez à un emploi

Il y a quelques mois, le Réseau International pour la Promotion de l’art oratoire en Afrique, dans les Caraïbes et le Pacifique (RIPAO), lançait un appel à candidature pour le recrutement de trois Research & Communications Fellows. L’appel n’était ouvert qu’aux résidents du Cameroun, principalement ceux de Yaoundé ou Douala. Bien que nous ne recherchions que trois personnes talentueuses et motivées à l’égard du projet Africa Gawlo, nous avons reçu des centaines de candidatures, toutes plus originales les unes ques les autres, mais aussi très surprenantes de par les « erreurs » qu’on y retrouvait.

En tant que membre du comité restreint d’évaluation, j’ai ainsi pu noter au passage quelques manquements récurrents dans la plupart des dossiers de candidatures soumis. C’est pourquoi j’ai constitué une liste de remarques à propos des centaines de dossiers examinés, avec quelques observations générales. J’ai partagé ces remarques avec les participants lors de l’annonce de la première phase des résultats. Pourquoi ? Car je pense que cela pourrait, dans une mesure ou une autre, leur permettre d’améliorer leurs prochaines candidatures et ainsi les rendre plus compétitifs sur le marché de l’emploi. Car une bonne lettre de motivation et un CV sont les premiers éléments à partir desquels on trie des postulants aux offres d’emploi.

PAR RAPPORT AUX LETTRES DE MOTIVATION

Lettre Motivation.

  1. Ne vous contentez pas d’énumérer vos aptitudes ou expériences, mais établissez un rapport pour montrer dans quelles mesures ils vous permettront d’accomplir efficacement les missions qui vous seront confiées. Si la description des tâches a été présentée dans l’offre d’emploi, il faut essayer de les articuler en rapport avec les compétences que vous possédez.
  2. Déclamer ou déclarer ne suffit pas pour convaincre un employeur, il faut démontrer ou prouver. Au lieu de déclarer que vous avez une connaissance de nos programmes, il faut le démontrer. Évoquer astucieusement l’un des programmes en rapport avec vos compétences ou centres d’intérêt est une bonne solution.
  3. Prenez la peine de bien lire et comprendre l’offre avant de postuler: dans les dossier que j’ai étudié, certains ont mentionné être résident à Bamenda alors que l’appel à candidature spécifie clairement qu’il faut être résident de Douala ou Yaoundé.
  4. Évitez les erreurs de grammaire ou de conjugaison. C’est très désagréable à lire et laisse une mauvaise impression sur votre dossier. Assurez-vous que le contenu de votre mail par exemple ne contienne aucune faute. Rédigez, et au besoin, faites-vous relire avant d’envoyer votre courriel de candidature.
  5. Utilisez un langage simple et compréhensible. Evitez de vous répéter ou de vous perdre dans vos phrases en essayant d’employer le « Gros français » car il ne s’agit point d’une lettre romantique ou d’un concours littéraire…
  6. Votre lettre de motivation ne s’écrit pas dans le mail: Cela doit être rédigé séparément et attaché au mail que vous envoyez. Pourquoi ? Parce qu’on télécharge et enregistre toutes les Pièces Jointes envoyées pour les traiter par la suite. Si votre LM est plutôt écrite dans le mail, elle peut, accidentellement, ne pas être remarquée ou lue. Et on pensera que vous n’avez pas fourni cette pièce.

PAR RAPPORT AUX CV

Curriculum Vitae. CC
Curriculum Vitae. CC

7. Intégrez des photos « professionnelles », c’est-à-dire claires et bien cadrées, où on voit clairement votre visage. Pas de photo fantaisiste – où on voit deux ou plusieurs personnes, avec des chapeaux et des lunettes fumées… – ou avec des mimiques inutiles (selfie). Si vous n’en avez pas de pro, ne mettez rien. C’est mieux ! L’habit ne fait pas le moine mais on reconnait un moine par son habit…

8. Présentez l’expérience professionnelle et le parcours académique dans un ordre antichronologique, c’est-à-dire du plus récent au plus ancien.

9. Décrivez toujours vos plus importantes réalisations dans votre expérience professionnelle. Cela permet d’avoir un aperçu plus clair de l’étendue de vos compétences. Moi, je le fais sous forme de tiret avec des chiffres ou mots clés.

10. Ne mentionnez que les expériences et compétences qui sont pertinentes (ou connexes) pour le poste visé : ne fatiguez pas votre futur employeur avec des éléments n’ayant rien à voir avec ce qu’il recherche. Personnellement, je pense qu’un bon CV peut tenir en 1 ou 2 pages max. Si vous en avez plus, essayez de le synthétiser ou de l’adapter au profil recherché par l’employeur.

OBSERVATIONS GENERALES

11. N’envoyez pas deux dossiers de candidatures:  Vous pouvez être écarté car c’est un signe d’impréparation et de désordre. Si vous constatez que vous avez oublié certains éléments fondamentaux du dossier, écrivez d’abord pour savoir si vous pouvez rajouter un élément supplémentaire. Et c’est après confirmation que vous envoyez l’élément requis. Parfois, les candidatures sont stockées progressivement, du plus ancien au plus récent. C’est irritant de trouver un dossier de candidature qu’on a déjà enregistré dans la base de donnée.

12. Monsieur en français s’écrit M. Mais en anglais c’est Mr.

13. Respectez TOUJOURS les instructions !

  1. Si les pièces requises sont 3 : CV, LM et Quitus, vous devez absolument les envoyer ou justifier pourquoi l’une des pièces manque. Les dossiers incomplets sont (parfois) automatiquement rejetés sans consultation.
  2. Si on vous précise un objet spécifique, respectez-le. Cela permet souvent d’envoyer des réponses automatiques aux mails entrant qui ont cet objet-là. Le nôtre était : [Candidature RIPAO Fellowship 2017] mais certains ont envoyé : [Mon CV], [CV et LM], [Candidature], [Demande d’emploi], [Candidature commerciale], [Jobs seeking]… Quand vous ne le faites pas, vous donnez plus de travail à l’équipe de recrutement car elle doit vous envoyer un mail personnellement pour vous confirmer la réception de votre dossier. Alors qu’en respectant les consignes de l’entête, vous deviez le recevoir automatiquement. Cet aspect peut susciter le rejet de votre candidature car cela traduit que vous n’êtes pas discipliné ou attentif aux détails pour lire suffisamment les consignes et les appliquer.
  3. Respectez le nombre de pièces exigées pour la candidature. N’envoyez pas des éléments non requis. Ce n’est pas le moment d’étaler tout votre background professionnel ou académique. Cela peut être mal interprété et se retourner contre vous. Certains ont envoyé leur relevé de salaire antérieur : c’est risqué parce que vous donnez ainsi à l’employeur la possibilité d’évaluer subjectivement le salaire qu’il prévoyait vous offrir. Par exemple, si vous avez prévu payer 1000 FCFA le mois a un employé qui vous montre un relevé de salaire où il gagne 7000 FCFA le mois avec un autre employeur, je pense qu’il y’a de fortes chances que vous réfléchissiez à deux fois avant de le retenir, même si son profil cadre avec votre poste. Par contre, si vous prévoyez lui accorder 7000 FCFA/Mois alors que son relevé indique qu’il ne gagnait que 2000 FCFA/Mois, vous allez surement vouloir réduire l’offre de salaire que vous prévoyiez de lui donner. Il est donc préférable de ne point révélez ces aspects sensibles à votre potentiel futur employeur si cela n’est point explicitement demandé.

14. Je ne vous conseille pas de déposer un dossier de candidature par mail sans y ajouter quelques lignes de salutations, par simple politesse. Certains nous ont envoyé leur dossier sans même dire « Bonjour » ou « Bonsoir », mais juste avec les pièces jointes requises.

15. Si possible, envoyez votre candidature d’un ordinateur. Le fait de voir : « Envoyé depuis Yahoo Mail pour Android» ou « Télécharger Outlook pour Android » peut laisser penser que vous n’avez vraiment pas pris le temps de composer votre dossier avant de l’envoyer. Certains pourront ne pas être d’accord, mais c’est mon avis.

16. N’envoyez jamais un document sous format RTF: Le format RTF n’a presqu’aucune aucune mise en forme visible et n’apporte aucune esthétique à votre CV ou LM. Word est acceptable mais le format PDF est le meilleur car cela conserve la mise en forme initiale de votre document. Dans l’idéal, privilégiez le PDF.

17. Dans la mesure du possible, faites tout pour envoyer la candidature à partir de votre propre boîte mail et non celle de votre ami ou frère.

18. Nommez bien les fichiers de votre candidature: cela facilite l’identification et vous donne un air professionnel. Imaginez-vous recevoir un fichier qui porte le nom [WhatsApp Image 2017-09-18 at 11.14.57.jpeg] ou [CV]… Cela est complètement anonyme et ne renvoie à rien ou personne. Vous pouvez adopter le modèle : [Nom du fichier-Votre Nom]. Imaginez votre CV se retrouve dans un autre dossier par erreur, sans l’avoir clairement identifié, il est plus difficile de le ranger ou de l’archiver.

19. Assurez vous que la dernière version de vos fichiers sont « corrects » et s’ouvrent normalement avant de les envoyer. Certaines LM ou CV ne s’ouvraient tout simplement pas. Et vous n’allez jamais voir un recruteur vous envoyer un mail vous demandant de lui renvoyer la bonne version de votre CV ou LM. (lol)

20. Etre précis et concis dans vos demandes de renseignements : [Bonjour monsieur. S’il-vous-plaît. J’aimerais avoir plus d’amples informations concernant l’offre.] L’expéditeur ne précise aucunement l’élément sur lequel il aimerait avoir des compléments d’informations. Lui répondre est plus difficile.

21. Évitez de mettre [Candidature spontanée] en objet lorsque ce n’est pas le cas. On envoie une candidature spontanée lorsqu’on veut postuler à un emploi sans que l’entreprise n’ait clairement diffusé d’appel à recrutement. Mais si c’est le cas, comme avec le RIPAO, prière d’utiliser l’objet qui vous a été suggéré.

22Maintenez le même code linguistique dans le CV et la LM. N’écrivez pas l’un en Français et l’autre en Anglais. Même si vous êtes parfaitement bilingue…

23. Priez ! C’est sans doute le conseil le plus important. La prière doit accompagner toutes nos actions car peu importe ce qu’on fait, c’est le Créateur qui a son mot final. Une petite prière avant d’envoyer votre dossier peut faire des miracles (si vous avez le profil évidemment !).

Voilà donc les 23 petits conseils que j’ai voulu partagé avec vous. J’espère qu’ils pourront être utiles à certains ou inciter d’autres à partager sous forme de commentaires, les pratiques qu’ils adoptent en postulant à une offre d’emploi. Je me doute évidemment que mes remarques peuvent ne pas être partagées par tous, ce n’est que logique. Vous êtes le/la bienvenu(e) si vous souhaitez complétez avec des éléments de votre expérience ! A+


A la rencontre de Jean Paul Lawson, un leader au service des autres

En juillet 2017, après deux années passées en Egypte, je me retrouve au Ghana, invité par le Centre Régional Afrique de l’Ouest du Young African Leaders Initiative de l’ex-président Barack Obama. Il s’agit d’un programme qui vise à renforcer les compétences des jeunes leaders africains dans des secteurs tels que l’Entrepreneuriat et le Business, la Gestion de la Société Civile et en Administration Publique. La formation est essentiellement constituée de séminaires interactifs entre les participants et des professionnels aguerris et expérimentés dans chacun des secteurs susmentionnés. C’est ainsi qu’au terme d’une séance portant sur les crises contemporaines en Afrique, le formateur concluait :

« Le principal problème de l’Afrique c’est le mauvais leadership de ses dirigeants. Nous avons tout ce que les autres nations rêveraient d’avoir mais malgré cela nous ne parvenons point à nous développer. A la place des leaders kleptocrates, gérontocrates et ventrocrates qui ne pensent qu’à piller puis s’accaparer des richesses du pays avec leurs familles et proches… Il nous faut des Servant-Leaders, qui fassent passer l’intérêt du peuple et de la Nation avant le leur ».

Après ces paroles concluantes, il nous interrogea :

Quels sont les Servant-Leaders* que vous connaissez ?

  • Pr. PLO Lumumba, répondit immédiatement Chee Danso une collègue Gambienne.
  • Desmond Tutu et Laurent Gbagbo ajouta Stephane Diomandé, de nationalité ivoirienne.
  • Nelson Mandela et Thomas Sankara, rétorqua Ernest Ouédraogo, enseignant burkinabè.
  • Gandhi, Jean Paul II, Barack Obama, Martin Luther King Jr., cita Daniels Akpan, un ami Nigérian.

Je voulus moi aussi donner un exemple mais constata que la plupart des personnages que je connaissais avaient déjà été mentionné. Dans mon effort de réflexion, ma mémoire me renvoya un nom que j’énonça avec ma voix grave, pareille à celle de mille crapaud réunis :

  • Jean Paul Cypriano Lawson !

Et là, un instant de silence lent comme un ralenti nollywoodien, s’installa. Puis un des participants se lança :

  • Je n’ai jamais entendu parler de cette figure historique. Qu’a-t-il fait ? Est-il Américain ou Anglais ?
  • Non ! Répondis-je, à la volée, au dernier volet de sa question.
  • Lawson ressemble aux noms Belge ou Canadien. Vient-il de là ? s’enquérait un autre.
  • Non ! répondis-je à ce dernier.
  • Il a été le président de quel pays ?
  • Aucun ! Pour le moment, lui répondis-je encore une fois.

Perplexe, ils me demandèrent donc des détails sur ce personnage dont il ignorait totalement l’existence afin de comprendre pourquoi je le considérais comme un « leader-servant ». Ce que je fis avec plaisir :

  • Jean Paul Lawson est un jeune béninois de 27 ans (et 6 jours) ayant une identité afropolitaine mais s’autoproclame « Citoyen du monde et des Cultures ». Il passionné par les technologies numériques, les voyages, l’écriture et surtout la gastronomie. Il fut un boursier en Gestion du Patrimoine Culturel de l’Université Senghor d’Alexandrie, où il a été respectivement Délégué de filière puis Président du Bureau des Etudiants (BEUS). Des fonctions bénévoles qu’il a pu gérer avec maestria et au travers desquelles on a découvert son charisme en tant que « servant-leader » et sa volonté à toujours mettre les intérêts collectifs avant les siens. Même lorsque l’on s’y attend le moins.

  • Quels sont les traits d’un « servant-leader » que l’on peut retrouver en lui ?, m’interrogea le formateur, qui voulait profiter de cet exemple atypique pour vérifier si nous avions véritablement assimilé et compris les enseignements qu’il nous avait transmis.

Servant-Leadership-Qualities. Credit: northparkpres.org
Servant-Leadership-Qualities. Credit: northparkpres.org

Pour rappel, la notion de servant leadership a été conceptualisée par Robert K. Greenleaf en 1970 pour désigner un modèle humaniste de leadership, qui a pour mérite de beaucoup mieux prendre en compte la psychologie humaine dans les contextes de travail. Un Servant Leader est celui qui cherche avant tout à faire croître ses collaborateurs, sa communauté. Selon Lao Tzu, « les leaders les plus révérés
travaillent dans une position d’humilité et de service aux autres. […] L’excellent leader en réalité ne dirige personne ! » En position de « Servant », il fait en sorte de réunir toutes les conditions favorisant l’épanouissement et la réalisation de son équipe.

On a entière confiance en la performance des collaborateurs et tout est mis en place pour assurer leur bien-être. Le Greenleaf Center for Servant Leadership a édité une dizaine de « principes » fondateurs d’un Servant Leader. Ceux-ci se regroupent en six grands thèmes : donner confiance (1) et faire grandir ses collaborateurs (2), être humble (3), être authentique (3), accepter l’autre tel qu’il est (4), donner le cap (5) et savoir se mettre au service des besoins des autres (6). Des traits que l’on retrouve, à des degrés divers, en la personne de Jean Paul Lawson.

  1. Un jeune leader inspirant et non dominant

Le parcours académique et professionnel de Jean Paul est assez atypique. La valeur d’un homme n’atteint point le nombre d’année dit-on souvent. Déjà à 23 ans, il était à la tête d’un Cabinet d’Archivage Numérique L & K Consulting. Le caractère singulier de son entreprise témoigne du caractère audacieux de son fondateur, car l’archivage est une dimension du patrimoine, tant organisationnel que culturel, qui a été jeté aux oubliettes ou demeure négligé en Afrique. Au lendemain de sa formation en Egypte, il fonde une ONG avec des promotionnaires, “Internationaux du Patrimoine Culturel”, une association qui milite et mène des projets de valorisation et de promotion du patrimoine culturel béninois.

Au-delà de ses aventures entrepreneuriales, Jean Paul prend plaisir à braconner aux frontières de nombreuses disciplines; d’où sa poursuite d’un Doctorat en cotutelle entre l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin) et celle de Valenciennes (France). Curieux, il s’intéresse à toute activité où il peut acquérir de nouvelles compétences, connaissances ou amitiés. Nous nous sommes retrouvés à maintes reprises pour des formations sur les cours en lignes, l’écriture, le blogging…

Loin de se limiter à un rôle de participant, il a également monté et animer des formations sur le blogging, la rédaction web et bien d’autres sujets et ce en partenariat avec le CNF d’Alexandrie. Si l’aube de son parcours est inspirant, c’est surtout son attitude qui inspire la confiance.

  1. Il œuvre au développement personnel et professionnel des personnes.

Rares sont les personnes qui ont travaillé avec Jean Paul sans être transformé, impacté ou influencé positivement par son savoir-faire et surtout son savoir-être. Il accorde de la confiance et de l’attention à tous ses collaborateurs ; ainsi, ils se sentent mieux considérés et plus impliqués. A la tête du BEUS, il soutenait chacun des membres de son bureau autant dans les bons que les mauvais moments. On le retrouvait ainsi aux soirées d’anniversaires, au chevet de certains lorsqu’ils sont malades ou sur le terrain de foot pour accompagner son responsable des affaires sportives… Et surtout, il ne sous-estimait personne. Toujours prêt à collaborer avec tout le monde, quitte à vous soutenir dans l’accomplissement de votre tâche. Lorsqu’il trouve une opportunité en rapport à votre domaine d’intérêt, il n’hésitera jamais à vous la transmettre.  Le terme anglais empowerment traduit très bien cette dimension.

Servant leadership last long.
Servant leadership last long.

  1. L’humilité précède la gloire.

S’il est vrai que les africains sont passés maitre dans l’art de la vantardise, du pédantisme et de la grandiloquence, Jean Paul cependant, échappe à cette règle. Il est difficile de le voir énumérer ses qualifications ou titres d’un trait, comme certains le feraient au premier venu. Mais, c’est au fil des rencontres et des échanges qu’on découvre, avec des surprises agréables, qu’il a déjà flirté avec de grandes personnalités et grandes entreprises autant en Afrique que dans le monde. Cette humilité est également une marque de sagesse car il est tel un joueur de poker qui ne dévoile ses cartes qu’au compte-goutte et surtout au moment où on s’y attend le moins.

  1. Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit.

L’authenticité est une vertu en voie de disparition au sein de nos sociétés contemporaines. Les personnalités religieuses (prêtres, pasteurs…) et politiques sont les maitres dans cet art de la roublardise, du mensonge, du dédoublement identitaire ou du « faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais ». Or s’il y’a une chose qu’on remarque aisément chez Cypriano Lawson, c’est son naturel et l’adéquation entre ses propos et ses actions. Bien qu’il ait la possibilité de prendre des repas de meilleure qualité en compagnie du recteur ou du personnel administratif de l’Université, il les a presque toujours pris au milieu de ses camarades, afin de toujours être au plus près de leurs réalités et besoins.

Cependant, la nature politique de ses fonctions fait de lui un être rusé comme Kulu la Tortue. Derrière un sourire diplomatique et parfois mécanique, il sait comment gagner la sympathie de ses adversaires et établir des alliances stratégiques même avec des opposants. Sa progression minutieusement planifiée de Délégué de filière à celle de Président (le plus jeune) révèlent sa proactivité et surtout la conceptualisation, une autre dimension d’un « Servant-leader » qui renvoie à la capacité de penser au-delà des besoins du présent et les étendre dans un futur possible. De même, sa capacité à concilier les intérêts divergents de 23 nationalités témoigne à suffisance de ses hautes qualités managériales, lesquelles furent amplifiées par une équipe dynamique (Micrel Ahoupé, Josué Arystil, Toto Mbula) et surtout la présence d’un Secrétaire Général plus que charismatique.

  1. Savoir accepter l’autre tel qu’il est et savoir donner le cap.

Très sociable, Jean Paul Lawson dispose d’une lui permettant de parier sur l’intelligence individuelle et collective des personnes qui l’entoure, de comprendre les autres ou de s’adapter à leurs réactions et attitudes. A l’Université, il avait ainsi réussi à conquérir l’empathie, l’amitié et l’affection de presque tout le monde. Que vous soyez fumeur, alcoolique, colérique ou « merdique » …, il parvient toujours à trouver un terrain d’entente avec vous, sans vous jugez ni vous condamner.

Sa capacité à donner le cap s’est manifestée à de nombreuses reprises, à travers les différentes initiatives prises. Il a initié et réalisé au moins trois ateliers de formations gratuits (Blogging, Bureautique, Outils du web 2…), et concrétisé un projet de portefolio contenant tous les profils des étudiants ; et bien d’autres actions toutes menées avec engouement et dévouement pour le bien-être de la communauté estudiantine. Et ce bien qu’elle ne soit pas toujours reconnaissante…

  1. Une philosophie au service de la communauté

Servant Leadership is about giving. Credit: Ps Robert Hurst_Afropolitanis
Servant Leadership is about giving. Credit: Ps Robert Hurst

Ne dit-on pas souvent qu’il faut toujours garder le meilleur pour la fin. Eh bien ! Il s’agit là du trait de caractère qui m’a le plus marqué en la personne de Jean Paul Lawson : son sens de l’écoute active, sa capacité d’apporter son aide en permanence disponibilité et promptitude à se mettre au service des autres. L’on ne peut énumérer le nombre de personnes ayant bénéficier de ses services, autant de manière directe qu’indirecte. Vous éprouvez des difficultés à effectuer un paiement en ligne, faites appel à JP, il le fera pour vous. Vous avez des difficultés à vous lancer dans le blogging, faites appel à JP, il vous accompagnera dans vos premiers pas. Vous avez un problème délicat avec l’administration, faites confiance à JP, il vous défendra et surtout n’ébruitera pas votre affaire…

Les exemples de situations désespérées, délicates, improvisées, urgentes… au sein desquelles Jean Paul a manifesté un soutien immédiat et désintéressé, sont tout simplement légions. Peu importe le problème, le moment de la journée ou la personne, il a toujours essayé dans la mesure du possible de trouver une solution, parfois même à ses risques et péril.

Il est surement de ceux-là qui ont compris qu’on gagne davantage à donner qu’à recevoir. C’est en partageant qu’on s’enrichit véritablement. Le bonheur dans la vie ne se trouve point en nous mais dans l’Autre. Avoir le désir de servir l’Autre, même l’Etranger ou nos ennemis, avec plaisir, constitue le secret de l’élévation. Car tout ce qu’on sème en bien, on le récolte toujours. Et je pense donc que ce jeune « Servant Leader » qu’est Jean Paul Lawson, continuera à s’attirer les faveurs divines et d’aller de réussite en réussite tant qu’il continuera à manifester cette esthétique du service et du don de soi.

 

Connaissez vous également des personnes semblables à Jean Paul, qui font passer l’intérêt collectif avant le leur? N’hésitez pas à partager cela en commentaire. Et vous, êtes vous un leader serviteur ou autoritaire? 

 

*Pour des besoins de traduction, j’ai préféré conservé l’expression anglaise Servant-Leaders à la traduction française de Leader-Serviteur, qui n’a point la même signification.


Les conditions éducatives favorables à l’autodirection dans une formation à distance?

Qu’est-ce qu’un apprentissage autodirigé ?

En 1975, Knowles définit l’apprentissage autodirigé ou l’autodirection comme « un processus dans lequel les individus prennent l’initiative, avec ou sans l’aide d’autrui, de déterminer leurs besoins de formation, de recenser les ressources humaines et matérielles nécessaires à la formation, de sélectionner et de mettre en œuvre les stratégies de formation adéquates, d’évaluer les résultats de leur formation » (Knowles, 1975, p. 18). Cela sous-tend donc l’auto direction de l’apprenant et la présence de conditions éducatives favorables. Dans cette première partie, nous présenterons respectivement l’autoformation, la motivation et « l’écologie de l’apprenance »[1] en tant que tryptique favorisant les apprentissages puis nous décrirons les aspects essentiels de la « motivation autodéterminée » et des « stratégies efficaces d’autorégulation ».

D’emblée, l’autoformation, un « phénomène social total » (Dumazedier). C’est une formation de soi par soi, chez soi, dans un système éducatif, dans des groupes sociaux, ou autres[2]. Cela est abordé aujourd’hui selon cinq problématiques principales formant la « galaxie de l’autoformation » (Carré,1996) : l’autoformation intégrale ou autodidaxie, l’autoformation existentielle (apprendre à être), l’autoformation sociale (apprendre dans et par le groupe social), l’autoformation éducative et l’autoformation cognitive (apprendre à apprendre). Depuis la définition donnée par Knowles en 1975, l’autoformation est devenue, à partir des années 2000, une pratique permanente avec de nouvelles visées culturelles, plus diversifiées et plus complexes, mais qui s’étend à un plus grand nombre de sujets sociaux apprenants (Dumazedier, 2002).

Nous évoluons donc d’une société pédagogique à une société éducative avec la formation tout au long de la vie, ou plutôt à une « société de l’apprenance[3] » (Carré,2005) c’est-à-dire « l’autoformation tout au long de la vie et à tous les âges de la vie ». En effet, Philippe Carré nous invite à interroger, d’un point de vue analytique, le rapport des personnes au savoir, et à réformer, d’un point de vue pratique, notre représentation de la formation. Cette capacité à diriger soi-même sa formation et ses apprentissages, comme susmentionné, ne dépend pas seulement de soi (individuel) mais aussi des autres ou de l’environnement (collective). Un apprentissage autodirigé nécessite donc une motivation autodéterminée (1) et la mise en œuvre de stratégies d’autorégulations (2) efficaces.

L’importance de la motivation dans une formation à distance.

D’une part, concernant la motivation, elle repose sur trois besoins psychologiques fondamentaux présent en tout être humain : le besoin de compétence, d’autonomie et d’appartenance sociale (Deci et Ryan, 1985 ; P. Carré, 2010). Celui de compétence, dans le domaine de la formation, peut se traduire par une « perception d’efficacité personnelle » c’est-à-dire le jugement qu’on a sur nos propres capacités à réaliser une action. En effet, certains individus peuvent naturellement être motivés, curieux et actifs tandis que d’autres peuvent être aliénés, passifs, démotivés ou amotivés en fonction de leur environnement (Bandura, 2003).

L’environnement social permet de stimuler ou d’optimiser le dynamisme interne ou la motivation d’un individu par rapport à un autre. C’est dans cette lignée qu’a été élaborée la théorie de l’autodétermination (Deci et Ryan,  2000: Ryan et  Deci,  2000) qui distingue la « motivation autonome » et la « motivation contrôlée ». La première, qui intègre la motivation intrinsèque, implique que l’individu agit en ayant pleinement le sentiment d’un libre choix (autonomie).

L’apprenant ici apprend par plaisir et trouve que l’activité d’apprentissage lui apporte une satisfaction ou gratification « personnelle ». Or La motivation contrôlée ou extrinsèque[4] suppose que l’apprenant agit plutôt sous l’influence de pressions et de forces qui lui sont extérieures. Ces forces sont « positives »[5] lorsqu’elles concourent à la satisfaction des trois besoins fondamentaux susmentionnés mais « négatives » dans le cas contraire.

D’autre part, pour ce qui est de l’autorégulation, il s’agit du « contrôle exercé par l’apprenant sur ses propres démarches cognitives, c’est-à-dire sur la manière dont il anticipe et élabore des stratégies, les évalue et les ajuste en fonction des résultats obtenus afin de mener à bien ses apprentissages » (Jézégou, 2011). Zimmerman (2002) décline l’autorégulation en trois formes triadiques : l’autorégulation interne, c’est à dire le contrôle exercé par l’apprenant sur ses états affectifs, cognitifs et motivationnels; l’autorégulation comportementale qui porte sur la manière d’apprendre et enfin l’autorégulation environnementale qui renvoie au contrôle exercé par l’apprenant sur les composantes de son environnement éducatif.

Ces trois formes de régulation sont en interaction avec des déterminants personnels (P), Environnementaux (E) et Comportementaux tels que démontrés par Bandura (1986). Ils supposent de la part de l’apprenant qu’il élabore des buts d’apprentissages[6] et qu’il croit en son efficacité personnelle à atteindre ce but.  Ce sentiment d’efficacité personnelle dépend principalement des performances extérieures car les victoires du passé augmentent la confiance en soi à pouvoir relever ceux du futur.

Après ce survol panoramique et évolutif des méthodes et modèles d’apprentissage autodirigés, nous nous pencherons désormais sur les conditions favorables à l’autodirection.

Les composantes pour un parcours d’apprentissage individualisé

Il s’agit, entre autres, d’individualiser la formation dans un environnement pédagogique médiatisé, de mettre en place un environnement ouvert et de pouvoir créer de la présence à distance. Nous présenterons respectivement les usages et pratiques autour de chacune de ces conditions.

La formation individualisée.

Malgré les efforts de vulgarisation de la recherche menés par la communauté scientifique du domaine depuis plus  de  dix  ans, il  existe  toujours  une  confusion  dans  les  esprits entre « individualisation » et « autoformation ». Prévost (1994), simplifie cela sous deux axes de différentiation : une « individualisation de type institutionnel » et une autre à « visée autonomisante ». La première, dont la situation d’apprentissage dominante est l’autoformation, est un système de  formation  rigide,  fortement  hétérostructuré  et contrôlé  par  l’institution,  qui ferme  à  l’apprenant  toute  perspective  de  prise  en  charge  de  sa formation.

Cela répond le plus souvent à une logique de formation « sur mesure » avec pour objectif principal la rationalité et la rentabilité. La seconde, l’individualisation à visée autonomisante, par contre, est plus flexible et prend en charge les dynamiques individuelles et singulières de l’apprenant sur sa formation et ses apprentissages. On s’inscrit ici dans une démarche centrée non plus sur l’activité de l’institution de formation mais sur l’activité de l’apprenant avec une redistribution et un partage des temps de formation. L’apprenant ici est co-constructeur de son parcours et situation d’apprentissage. Le degré de liberté de choix ouvert à l’apprenant constitue donc la différence fondamentale entre une individualisation de type institutionnel et celle à visée autonomisante.

Une formation individualisée est donc celle-là qui est flexible, reconnaît et prend en compte cette singularité du sujet apprenant. C’est le degré de libertés de choix ouvert à l’apprenant qui constitue le véritable enjeu de la recherche de flexibilité en formation (Jézégou, 2002). Ces libertés se définissent au terme d’une négociation entre l’institution   éducative   et   l’apprenant, chacun   disposant   de   ses   propres   ressources   et contraintes (Jézégou, 2005). La souplesse du cadre organisationnel du parcours de formation et des environnements d’apprentissage permet d’optimiser les possibilités de choix auprès de l’apprenant.

C’est pour optimiser ces possibilités de choix qu’intervient la modularisation dans la conception d’une formation individualisée. Elle permet de structurer des parcours qui tiennent compte à la fois des objectifs de formation et des acquis de l’apprenant ; de définir un parcours complémentaire et de reconnaître des acquis à l’issue d’une étape de parcours. Le module ainsi constitue une entité autonome visant la maîtrise d’une situation d’apprentissage bien précise. Sa mise en œuvre implique la conception et la réalisation de séquences pédagogiques dans une ingénierie globale.

L’ouverture en formation

L’ouverture en formation renvoie à un  « ensemble  de  dispositifs  flexibles  et autonomisants dont la principale propriété est d’ouvrir à l’apprenant des libertés de  choix  pour  qu’il  puisse  exercer  un  contrôle  sur  sa  formation  et  sur  ses apprentissages »  (Jézégou, 2005). Un environnement est dit ouvert lorsqu’il permet aux personnes d’accéder à la formation en fonction de leurs disponibilités et à distance grâce aux outils TIC ou encore d’être individualisé. Cependant, comment peut-on caractériser et évaluer le degré d’ouverture d’un dispositif de formation ?

C’est pour répondre à cette question que Annie Jézégou (2009) a construit une Grille d’Évaluation de  l’Ouverture  D’un  Environnement éducatif (GEODE). Ce dispositif présente  une  liste  de  quatorze composantes susceptibles d’ouvrir à l’apprenant  des  libertés  de  choix. Il s’agit donc de : l’accès, le lieu, le temps, le rythme, les objectifs, le cheminement, la séquence, les méthodes, le format, les contenus, l’évaluation, les supports, les outils de communication et les personnes ressources. Toutefois la mise en place de ces composantes ne garantit pas automatiquement l’auto-direction. Il ne s’agit que d’une « condition organisationnelle et pédagogique » qui contribue à créer un environnement favorable à l’apprentissage autodirigé.

Selon le paradigme sociocognitif (Bandura, 1999), l’ouverture en formation suppose un environnement « choisi » ou « construit ». Un environnement « choisi » dans la mesure où l’apprenant à une liberté de choix quant à plusieurs options possibles ; et « construit » puisqu’il est acteur dans la conception de son parcours d’apprentissage[7].

Comment être présent à distance?

La présence dans une formation favorise la construction individuelle et collective de connaissances. La distance, quant à elle, peut-être géographique, temporelle, sociale, culturelle ou linguistique, etc. Cependant comment créer cette présence à distance ? Elle se crée à travers les différentes formes d’interactions sociales entre des apprenants ou entre le formateur et des apprenants dans une démarche de collaboration à distance. Cette présente peut ainsi être socio-cognitive, socio-affective ou pédagogique.

D’une part, la présence socio-cognitive est le fruit des interactions sociales au sein d’une communauté d’apprentissage en ligne. Ici des apprenants, quoiqu’éloignés géographiquement, se rencontrent, se regroupent afin de négocier, délibérer ou résoudre une situation problématique en collaborant ensemble à distance via une plateforme ou des outils et services numériques du web (Jézégou, 2010).  Ce regroupement peut être spontané ou incité par le formateur. Ainsi les enseignants de Lille incitent les étudiants du Master 2 IPM à créer une présence sociocognitive au sein de la plateforme CUEEP à travers les travaux de groupe où chacun est amené à confronter son point de vue, négocier, collaborer puis délibérer afin de produire un travail collectif.

Au cours des négociations ou confrontations, des frictions peuvent se créer. D’où l’importance d’un savoir être dans la formation à distance. Le respect mutuel, l’attention, l’écoute active, l’empathie, les encouragements et l’entraide sont ainsi quelques marqueurs d’une présence socio-affective dans un travail collaboratif à distance. (Charlier, Deschryver et Daele, 2002; Dillenbourg et al., 2003; Henri et Lundgren-Cayrol, 2003) Une bonne présence pédagogique, c’est-à-dire qu’une bonne médiation ou facilitation du formateur peut permettre d’anticiper, de résoudre ou créer un climat favorable à l’épanouissement socio-affectif des apprenants.

Enfin la présence pédagogique renvoie aux trois principaux rôles du formateur vis-à-vis des apprenants. Savoir et pouvoir collaborer à distance n’est point un acquis ou un processus naturel, le formateur peut donc aider les apprenants à acquérir ces habilités (méta)cognitives et les compétences nécessaires à la collaboration (Bourgeois, 1999 ; Bourgeois et Nizet, 1997; Darnon, Butera et Mugny, 2008). Ce faisant, il crée donc une présence pédagogique qui peut revêtir trois formes : coordination, animation et modération (Henri et Lundgren-Cayrol, 2003).

Le formateur est « coordonnateur » lorsqu’il conseille le groupe d’apprenants pour qu’ils définissent un cadre commun de travail et organise les activités à mener tout en favorisant les échanges entre les apprenants du groupe. Il doit cependant veiller à ne pas dicter ou imposer des règles très rigoureuses ou encore veiller à ce que le groupe ne s’impose pas lui-même des règles de fonctionnement trop rigides. En tant qu’animateur, le formateur encourage ou apporte un soutien dans les transactions entre les apprenants, tout en se positionnant comme personne-ressource. La modération consiste pour le formateur à réguler, si besoin, la façon dont les apprenants interagissent à distance avec pour visée d’éviter les tensions socioaffectives.

Ainsi la présence pédagogique peut et doit soutenir les deux autres dimensions de la présence. Toutefois, elle peut se manifester, de façon indépendante, au sein d’un espace numérique de communication.

 

Références:

[1] Carré, P. (2005) L’apprenance : Vers un nouveau rapport au savoir. p. 189. Paris : Dunod.

[2] Le GRAF (Groupe de recherche sur l’autoformation en France) a donné cette définition approchante.

[3] Qu’il définit comme un « ensemble de dispositions favorables à l’acte d’apprendre dans toutes les situations, qu’elles soient formelles ou non, expériencielles ou didactiques, autodirigées ou dirigées, intentionnelles ou fortuites ». Carré, P. (2005) L’apprenance : Vers un nouveau rapport au savoir. p. 21. Paris : Dunod.

[4] On distingue quatre types de motivation extrinsèque : la motivation à régulation intégrée, à régulation identifiée, à régulation introjectée et à régulation externe

[5] Annie Jézégou, La théorie de l’autodétermination : aspects fondamentaux, Document de cours SEFA, Dec. 2015

[6] Cela renvoie encore à la perception du futur chez Bandura. C’est-à-dire que le degré et l’intensité de la motivation chez un apprenant peut être influencé par la perception qu’il a de la valeur ou des bénéfices qu’il pourra tiré au terme de l’activité d’apprentissage ou de sa formation.

[7] Comme nous l’avons relevé plus haut, la démarche d’individualisation à visée autonomisante, rejoint la configuration d’un dispositif « ouvert » . On offre à l’apprenant des libertés de choix pour structurer son apprentissage. Cela dans un cadre négocié en fonction des ressources et contraintes en présence.


Et si la Chance et la Providence n’existaient pas ?

A l’issue d’un instant d’inattention sur la voie publique, parce qu’aspiré par les réseaux sociaux, mon téléphone se retrouve au milieu de la chaussée. Mais échappe « heureusement » à l’écrasement des roues d’une voiture. Est-ce de la chance ou de la grâce ? Est-il prudent de manipuler son téléphone sur la voie publique ? Tel est le bref récit de smombie sous forme de questionnements que je livre dans ce billet.

 

Le smombie, ce piéton connecté mais déconnecté de la réalité 

Ce soir, alors que je me rendais à l’église, je manipulais mon téléphone tout en marchant. Je ne me préoccupais guère de la circulation autour de moi, tellement j’étais fixé et aspiré par les réseaux sociaux. Parvenu à un rondpoint, j’ai traversé la voie sans trop prêter attention. Je ne vis point venir cette voiture qui m’esquiva de justesse que vloup. Mince ! J’y avais échappé de justesse. Mais en esquivant, mon pauvre petit iPhone, tomba et se retrouva en plein milieu de la chaussée. Et une seconde voiture fonçait droit dessus…

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Un pieton africain envoyant un texto pendant sa traversée de la chaussée @Tumblr.com

Une sueur glaciale me saisit. Impuissant ! Mon regard demeura fixé sur mon téléphone ! La voiture tel un mastodonte s’avançait lentement mais inexorablement vers lui. A cet instant, je voulus fermer les yeux. Une voix intérieure me disait : « Assiah tout est fini ! ». Mais je n’y parvins point. J’attendais de voir si mon téléphone allait survivre à cette confrontation. Les deux robustes premières roues-avant s’avancèrent doucement mais surement vers cet être fragile, qui était là scotché sur la chaussée. Elles passèrent légèrement à côté et ne l’écrasèrent point. Je voulus pousser un « Ouf ! » de soulagement mais n’y parvins point. La menace était toujours présente…

Cette fois, c’était au tour des deux roues jumelles arrière. Puisque la voiture effectuait un virage, les roues arrière pouvait avoir une trajectoire longitudinalement différente de celles de devant. Je sentis ma poitrine s’alourdit ! L’air, subitement s’était raréfié autour de moi. Je recherchais de la salive en vain mais liquéfier par la scène sous mes yeux, mon palais s’était asséché. J’observais donc « attentionément », au ralenti la progression des roues arrière qui, elles aussi, et je ne sais comment, épargnèrent la pauvre « Pomme » de Steven Jobs.

 

Durant des secondes qui durèrent toute une éternité…

Immédiatement et sans réfléchir, je me ruais à sa rescousse tel Clark Kent ! Après l’avoir récupérer et retraverser la route, je la serrais tendrement sur ma poitrine ! Question de la rassurer : tout allait bien désormais ! Elle était en sécurité !

Aussitôt j’écoutais des applaudissements autour de moi ! Le temps de regarder autour et de constater que les marchands ambulants et vendeurs du rond-point s’étaient eux aussi arrêter pour observer le sort de ce malheureux petit iPhone livré à lui-même. Soulagés qu’il ne lui soit rien arrivé, l’un deux, un ambulant vendant la noix de coco, me dit, avec un large sourire d’étonnement « Challé ! You are lucky » ! (Frangin, vous êtes chanceux !) Avec le même sourire d’étonnement, je l’en remerciai. Puis lui répondit : « It’s not lucky but the Grace of God » (Ce n’est pas de la chance mais la Grâce de Dieu !)

Ces quelques secondes avaient duré une éternité ! On aurait pensé que le temps avait suspendu son envol comme Lamartine le clamais jadis. En poursuivant mon chemin vers l’église, je retrouvais mes esprits progressivement ! Et une question me taraudait. Avec l’issue « heureuse » de cet incident, était-ce simplement de la Chance ou alors la manifestation de la Grace de Dieu ?

Et si la chance ou la providence n’était au final que la Grace de Dieu ?

Personnellement, je pense qu’il s’agit de la Grâce. La chance pour moi n’existe pas. La chance est un concours de circonstances favorables. Beaucoup de gens utilisent des expressions mettant en scène la « chance », sans réaliser un instant (ou plutôt refusant d’accepter) que quelqu’un agit derrière tout cela et que les circonstances ne sont pas le fruit d’un supposé hasard. D’autres parleront aussi de « bonne étoile »… Eventuellement, quelqu’un mentionnera la « providence » ou, qui plus est, laissera échapper un « Dieu merci » mais sans réellement reconnaître le « Dieu » dont il est question… Par contre, quand tout va mal, « qu’est-ce que j’ai fait au bon dieu » (contradiction !).

C’est donc la Grâce Divine que nous interprétons ou prenons pour de la chance. Mais il n’en est rien. Tout ce qui nous arrive, en bien ou en mal, arrive pour un but, pour une fin. Déjà que le positif ou le négatif est une perception subjective, qui diffère selon la pensée d’un individu à un autre. Seule notre attitude face aux évènements détermine leur utilité et finalité. Nous pouvons décider de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide…

Quoi qu’il en soit, pour moi, le hasard n’existe point car c’est un mot méconnu du Dictionnaire et vocabulaire de Dieu. Et partant de tout « Croyant » véritable ! Tout ce qui nous arrive est une composante d’un plan, d’une mélodie dont le Créateur Seul en est le Chef d’Orchestre. Lorsqu’il nous arrive de bonnes choses, ne soyons pas ignorants et ne manquons pas d’exprimer notre reconnaissance à notre Père, qui nous fait du bien. Et même lorsque c’est difficile, restons dans cette bonne disposition et l’attente en celui qui change le mal en bien, et fait concourir toute chose à notre bien. Il nous aime, et veut notre bien. Il n’y a pas d’histoire de « chance », c’est seulement sa grâce, que tous peuvent recevoir par la foi et l’humilité !

…me permirent de comprendre l’importance de la prudence et de l’attention.

Bien que je sache qu’il n’est point prudent de manipuler le téléphone sur la voie publique en marchant, cela ne m’a point empêcher de le faire. J’aurais pu être percuté, me retrouver à l’Hôpital ou même perdre ma vie. Mon téléphone aurait pu être écrasé… Une enquête menée par des chercheurs en accidentologie du groupe Dekra dans six capitales européennes, révèle que 22% des accidents mortels de la route sont des piétons, et que 17% des 14.000 piétons interrogés utilisent leur smartphone pendant qu’ils marchent en milieu urbain.

En France, 76% des 18-24 ans utilisent leur téléphone portable en conduisant, sans savoir que comportement cause 10% des accidents de la route. 76% des 18-24 ans utilisent leur téléphone portable en conduisant, sans savoir que comportement cause 10% des accidents de la route. Le piéton semble donc devenir un smombie (Smartphone + Zombie) ou un petextrian — pour reprendre le néologisme anglophone décriant la dépendance des piétons (pedestrian) pour les textos.

Mais Dieu, par son infini bonté, a voulu une fois de plus me prévenir et m’avertir. Il ne me donnera peut-être plus cette chance là. Il ne te donnera peut-être plus cette chance-là. Et le malheur frappera ! L’on se lamentera, certains iront même jusqu’à L’accuser de leurs maux. Mais je sais qu’Il nous envoie toujours des signes, des prémonitions par plusieurs canaux afin de nous sauver.
Quant à moi j’ai compris le message. J’ai retenu ma leçon. La preuve, au retour de l’église vers mon domicile, mon téléphone était sagement rangé dans ma poche. Bien que mes doigts me démangeaient, le souvenir, encore chaud de l’incident me hantait. Je ne marcherai plus en manipulant le téléphone. Si jamais je le faisais et devenais victime d’un accident ou d’un incident, je ne me plaindrais point. Car je saurais qu’Il m’a déjà averti.

Et toi qui lis ce texte, j’aimerais ainsi t’inviter à discipliner ta conduite sur la voie publique. Les réseaux sociaux ne fuient pas. Leur but c’est de monétiser notre attention et notre temps. Je te prie donc de toujours être alerte et vigilant quand tu marches en route car le malheur ne prévient jamais. « Si je savais… » est un temps imparfait qui peut être perfectionné par la prudence et la proactivité.
A bon entendeur…